Interview SandrAAA à la Ferme
SandrAAA, tu étais présente également à la Ferme mais pas forcément avec les autres forumeurs. Alors, où te cachais-tu ?
J'étais un peu partout : dans les bureaux, dans les différents lieux, dans le catering… Mais j'étais surtout dans les loges principales du Théâtre et celles de chaque lieu de concert : Caravansérail, Abreuvoir, Halle, Hall du théâtre, foyer du cirque...
En quoi consistait ton travail sur ce week-end à la Ferme ?
C'est un travail de gestion des loges : il fallait les organiser au mieux pour qu'il ne manque jamais rien. Les concerts s'enchaînaient sur les différents endroits, alors il fallait faire attention à ce que bouteilles d'eau, fruits, sucreries, serviettes, café, etc. soient en place lors de l'arrivée des artistes. Il fallait également prévoir les repas du midi et du soir : chaque jour le chiffre changeait, il était alors nécessaire de travailler avec la production pour nous tenir au courant des repas à fournir. Au maximum on a atteint 250 repas environ...
Le travail avec la production consistait également en tout ce qui touche la réservation de chambres d'hôtels, les envies de dernière minute, les manques à combler... C'est un travail qui demande ENORMEMENT de disponibilité...
En plus des artistes, il y avait plus d'une cinquantaine de techniciens, des hommes en pleine force de l'âge qui apprécient la nourriture !!! Il fallait souvent ravitailler ces messieurs !
Les loges nécessitaient une certaine rigueur et de la ponctualité, il fallait être présent à la fin de chaque concert pour pouvoir remettre ce qu'il manquait pour le concert suivant.
Les loges principales étaient les plus fréquentées : il y avait la production, les invités, les artistes, les techniciens. Il fallait être disponible et surtout montrer qu'il y avait une présence... Les artistes arrivent dans un endroit qu'ils connaissent plus ou moins. Ils se sentent désorientés, ont le trac, font les 100 pas, ne savent pas à qui s'adresser. Il faut leur montrer qu'on est là si besoin est mais ne pas être trop présent non plus. Il faut se défaire de son statut de fan, d'admiratrice, même si c'est Matthieu, Fred le technicos ou François l'invité... Il n' y a pas de différence. Il faut satisfaire tout le monde : on est là pour ça, dans la limite du raisonnable et sans se laisser manipuler par des caprices absurdes... ou des grosses colères de stars ! Il faut savoir se faire discret, dans un coin, prête à bondir.

Sarah Murcia pendant le concert de Las Ondas Marteles à l'Abreuvoir
Peux-tu nous expliquer comment en es-tu arrivée à travailler sur cet événement ?
J'ai eu la chance de déjà travailler avec la production de -M- au festival de Saint Brieuc, Art Rock. Cette journée s'était très bien passée avec la chargée de production et le tourneur. Après un concert, dans les loges, j’ai parlé avec son tourneur, il m'a donné son numéro. Je l'ai appelé et il m'a mise en contact avec la Ferme du Buisson qui organisait l'évènement... Un vrai coup de chance !
Quel cursus as-tu suivi pour vivre ta passion ?
On ne peut pas dire que j'ai suivi un cursus spécial pour vivre de ma passion. J'ai fait un DEUG Arts du Spectacle spécialisé en théâtre, et j'ai continué en Master Conception et Mises en oeuvre de Projets Culturels. Mais je pense que ce qui a été le plus enrichissant, c'est mon expérience de Présidente dans une asso qui regroupait plusieurs associations fédérées autour de projets artistiques communs : concerts, spectacles de théâtre, de danse, projets photos, festivals... J'ai donc commencer à organiser plusieurs événements culturels puis j'ai postulé dans des festivals assez renommés. De fil en aiguille, on fait des rencontres, et on se fait une place. D'année en année, on prend les mêmes et on recommence ! ... Agnès, l'habilleuse de Matthieu, me disait : « On croise, en fait, toujours les mêmes ! ». Et c'est vrai, finalement, on croise souvent les mêmes personnes dans cette grosse famille de festochs en France!

Jérôme Goldet lors de l'After Labo -M-
Quelles qualités faut-il avoir ? Quels défauts faut-il éviter pour ce type de travail ?
Je dirais qu'inévitablement, il faut être disponible et patient : Matthieu qui veut jouer jusqu'à 5h avec Laurent Garnier alors que la fin était prévue pour 3h... On ne peut pas partir comme ça. On se doit d'être présent. Il faut être passionnée jusqu'aux tripes sinon on ne reste pas ! Il faut faire preuve de beaucoup d'humilité, d'écoute, de sourire, d'endurance physique, de rapidité... Et surtout être zen, les moments de pressions sont fréquents, les rushs nombreux, le tract des artistes, le speed de la production avec qui tu travailles... Il faut savoir gérer le stress !

Magic Malik et Cyril Atef lors du concert de Bumcello au Caravansérail
As-tu pu assister aux concerts ? Lesquels t’ont particulièrement marqué ?
J'ai assisté à quelques concerts, je me faisais un petit emploi du temps, je me disais : « Sur cet endroit, j'ai tout fait, hop ! je file là voir ça ! »
Bumcello m'a profondément touchée... Pour milles raisons. La plus belle découverte musicale, c’est sûrement Albin de la Simone et Thomas Dutronc. Et puis le concert de -M- avec ces artistes du cirque, ces invités, j'ai beaucoup aimé... Mes pauses de 1h le midi et 30 minutes dans la journée étaient réservées pour le concert de -M- le soir !!!

Albin de la Simone pendant l'After Labo -M-
Quelle a été l’attitude des artistes à ton égard ? Des petits préférés ?
Ca dépend ! Certains artistes ne m'ont absolument pas calculée. Ils avaient tout ce qu'ils voulaient, ne manquaient de rien, et c’était tant mieux ! Ils n'avaient aucune raison de me voir et moi non plus ! Je n’avais rien à leur dire ! Je ne voulais pas aller les voir pour leur dire « J'aime assez ce que vous faites ... - Oui et après ... ? » !!! J’allais les voir quand vraiment j'avais un truc important à leur dire. Souvent les discussions se faisaient de façon spontanée autour d'un café pour eux (moi, je faisais le café !!!)
Mes préférés... Franck Monnet avec qui j'ai eu un échange magique autour de la composition de ses chansons, il s'est livré sur des moments de sa vie en rapport avec ses chansons, un homme simple, doux et profondément gentil.

Matthieu et Franck Monnet lors de l'After Labo -M-
Il y a Alain le garde du corps de Matthieu : un homme admirable. Autant que sa femme : ces deux-là ne pouvaient pas se louper...
Luc, l'homme qui gère les fous artistes circassiens ! Cet homme... Raaaa... j'aurais voulu qu'il soit mon père, il était irréel tellement il était vrai...
Vincent, qui m'a fait verser ma petite larme par ses paroles si gentilles ...
Et puis les drôles de loustics que sont Seb et Nicolas Martel, Fred Poulet : ils m'ont fait pleurer de rire !!!

Nicolas Martel pendant le concert de Las Ondas Marteles à l'Abreuvoir
Quels souvenirs positifs et négatifs gardes-tu de cette expérience ?
Les négatifs, honnêtement il n'y en a aucun ... sauf quand on a manqué de chewing-gums !!!! Sincèrement, comment veux-tu trouver des souvenirs négatifs en voyant des concerts gratuits tout en étant payée et en travaillant avec de grands artistes ? Les positifs, ils sont nombreux ... Le meilleur, c'est sûrement quand je venais faire le plein dans les loges du Caravansérail après le concert de Bumcello ... Vincent m’a demandé si le concert m'avait plu. Je lui ai expliqué que je n'ai pas tout vu ... Mais que j'en avais vu assez pour me faire monter la boule à la gorge, comme quand on a envie de pleurer... C'est sûrement lié à ce rythme soutenu de Cyril en parfaite symbiose avec les cordes frottées ou pincées du cello qui m'émeut dès que je l'entends. Il me sourit et là... Je ne peux pas expliquer : il y a eu un réel échange, une énergie magnifique dans ce regard comme si j'avais touché le musicien... Il me dit alors : « Tant mieux... je suis content que ça t'ait plu. Tu le mérites ». Il m’a fait la bise et s'en est allé. C'est le monde à l'envers ! Une larme coule, l'artiste talentueux dans toute sa simplicité... J'ai été foudroyée...

Vincent Segal lors de l'After Labo -M-
Une anecdote t’a-t-elle particulièrement marquée ?
La veille, le jeudi, -M- répétait. Je bossais sur l'organisation de la ferme. Je suis allée prendre mon petit RER A. Il y avait Shalom, Seb et Vincent. Shalom m'a reconnu parce j'étais monté sur scène lors d’un concert ! Ils ont halluciné de me voir là, travailler à la ferme. J'ai parlé avec Vincent, qui m'a demandé ce que je faisais dans la vie, et quand il a su que je venais de Normandie pour faire la Ferme, il était sidéré ! Il m'a dit : « Quand je vois des gens comme toi qui viennent bosser pour nous de Normandie, ça me donne envie de bien jouer, de donner plus, ça me motive ! » J'ai trouvé cela touchant et c'est pour cela que, lorsqu'il m'a parlé après son concert, j'ai été vraiment touché...

Sébastien Martel pendant le concert de Las Ondas Marteles à l'Abreuvoir
Quelle est la question à laquelle tu aurais aimé répondre et que je ne t’ai pas posée ?
Aucune, je veux juste rajouter une petite impression... Cette simplicité des uns et des autres. Cette atmosphère zen et pleine d'amour, une facilité à entrer dans cette grande famille parce qu’ils t'accueillent à bras ouverts même pour trois jours ! C'était assez magique... Un très beau souvenir pour moi et mon plus beau festival depuis trois ans...
Un grand merci à SandrAAA pour sa gentillesse et son efficacité. Les photos sont toutes de Cuervo. Pour les originales, laissez un MP.