Film coup de coeur : Spellbound
La gazette n°10 | 1er Juin 2005 | Lu 1289 fois | 0 Commentaire
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Le surréalisme recelle des trésors insoupçonnés, cinématographiques notamment. Tension, inventivité, suspense sont au coeur d'un film méconnu de Sir Alfred Hithcock. Quand il rencontre Dali, cela donne naissance à La Maison du Docteur Edwardes...
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Ce film d’Hitchcock est une des pièces maîtresses de son œuvre mais ne fait pas nécessairement partie des plus connues. On a plutôt retenu Psychose, Les Oiseaux ou La Mort aux trousses. La maison du Docteur Edwardes est un ovni dans les productions du maître du suspense. Je vous propose de mieux pénétrer l'univers vaporeux de ce film.

Commençons par un petit récapitulatif des faits. Constance Petersen est une psychiatre et psychanalyste dans une institution spécialisée. Son directeur, le docteur Murchison, se voit contraint de partir en retraite et de céder sa place au docteur Edwardes. Mais ce dernier suscite rapidement les interrogations de ses collègues sur son état mental et son identité réelle. Amoureuse, Constance comprend qu’un lourd secret se cache derrière l’amnésie de cet homme et sa volonté farouche à s’accuser du meurtre du véritable docteur Edwardes. S’en suivent alors une longue fuite pour éviter la police et une pérégrination tortueuse au sein des souvenirs du mystérieux amnésique...

Ce qui frappe avant tout, c’est la prestation juste de Gregory Peck (en jeune premier à la Cary Grant ou James Stewart) et d’Ingrid Bergman (beauté froide comme Hitchcock les aimait tant). Troublant également, la manière dont les rôles sont inversés : c’est ici la femme-analyste qui sauve l’amnésique. Cette situation est assez rare dans un film de 1945. Les femmes n’ont pas une telle importance dans les films de cette époque. Hitchcock a révélé bon nombre d’actrices (Tippi Hedren dans les Oiseaux, Grace Kelly dans Fenêtre sur Cour) : elles y ont très souvent une personnalité tendre et forte. La maison du docteur Edwardes ne fait que confirmer cette observation.

La force d’Hitchcock tient également dans sa maîtrise de la narration (autrement dit le suspense). Il nous tient réellement en haleine tout au long du film. Des éléments apparemment innocents dans l’image prennent une tournure dramatique insoupçonnée. Même la fin de l’intrigue donne lieu à un rebondissement inattendu (je vous laisse découvrir lequel). Elément essentiel à cette narration, la caméra prend souvent des points de vue inattendus et évite un surjeu des acteurs. Dans les films d’Hitchcock, elle est parfois très subjective.

Un dernier intérêt du film réside dans la conception du rêve du pseudo-Dr Edwardes. Cherchant à expliquer le contenu des rêves de son amant selon la psychanalyse freudienne, Constance lui demande d'en décrire le moindre détail. Hitchcock a fait appel à l’imaginaire de Salvador Dali, grand artiste surréaliste et accessoirement fou des chocolats Lanvin. Bien que décidé à utiliser des décors extérieurs, Hitchcock se vit contraint de réaliser cette séquence en studio. Des éléments daliens y sont nettement identifiables comme des innombrables yeux, un homme sans visage, des ombres fuyantes, des perspectives déroutantes…Ne manquent que les couleurs à ce moment d’onirisme qui conditionne toute l’enquête des protagonistes.

La maison du Docteur Edwardes est un de mes films policiers préférés. Certes l’action n’y brille guère mais toute sa force repose sur une psychologie aiguisée des personnages. De manière générale, les films d’Hitchcock (57 au total) sont de véritables petites perles. On les trouve en format DVD à des prix raisonnables. Votre investissement sera vite rentabilisé et vous ne le regretterez pas.

Pour pousser la curiosité un peu plus loin, lisez les entretiens entre Hitchcock et Truffaut, disponible chez Gallimard. Visitez également ce petit site très complet sur le maître du suspense.

http://site.voila.fr/cineclub/realisat/hitchcock/hitchcock.htm