La littérature romantique
Difficile de ne pas évoquer le Romantisme sans évoquer les grandes figures littéraires et les thèmes propres à ce courant d’écriture et de pensée. Chose curieuse, c’est un Allemand, Goethe, qui a germanisé un adjectif français,
romantisch, afin de l’opposer à la littérature classique. Cet adjectif signifiait plutôt, lors de son apparition à la fin du 17ème siècle, romanesque, c'est-à-dire rédigé en langue vulgaire. A l’époque de Goethe (1749-1832), le sentimentalisme est à la mode, et son roman
Les souffrances du jeune Werther (1774), véhicule parfaitement ce concept. Avec Schiller (1759-1805), poète et dramaturge, il représente le courant
Sturm und Drang, qu’on peut traduire par « Orage et Tempête ». Goethe magnifiera encore son style et la puissance des sentiments égotiques à travers son fameux
Faust.

Ill. 1. Johann Heinrich Wilhelm Tischbein, J.W. Goethe à la campagne, 1787. Huile sur lin, 164 × 206 cm. Frankfurt am Main, Städelsches Kunstinstitut.
En Angleterre, ce sont les poètes Keats (1795-1821) auteur d’
Odes en 1820) et Byron (1788-1824) qui sont les têtes de proue du romantisme anglais. Le premier partage bien le sentiment très romantique d’une identité entre la nature et le moi, le sentiment de nature.
" Dans l'ombre je voyais leurs bouches décharnées
Béantes, proférer des prédictions horribles ;
Et puis je m'éveillai, et me trouvai ici,
Au flanc de la froide colline.
Et voilà pourquoi je séjourne ici,
Errant, fantomal et seul,
Bien qu'au lac les joncs soient flétris
Et que nul oiseau ne chante. "
John Keats, extrait de " La Belle Dame Sans Merci ".
Le second connaît une vie mouvementée, marqué par l’exil, suite à une séparation difficile et à des accusations d’inceste concernant sa demi-sœur. Il arrive finalement en Grèce où il épouse la cause indépendantiste avant de mourir, terrassé par la maladie.
Ill. 2. Thomas Phillips, Portrait de Lord Byron en costume albanais, 1835. National Gallery, Londres.
Les romantiques anglais reprennent le sentiment de nature des écrits de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778). Ses
Rêveries d’un promeneur solitaire influenceront considérablement les écrits de Chateaubriand au début du XIXème siècle. C’est l’affirmation résolue de l’originalité fondamentale de l’individu.
Ill. 3. Maurice-Quentin de la Tour, Portrait de Jean-Jacques Rousseau, 1753. Pastel, 45 x 34 cm, Musée Quentin de la Tour, Saint Quentin.
Le romantisme français doit en effet beaucoup à ces deux auteurs. Il est marqué par un sentiment de désenchantement, « le mal du siècle », et par son opposition à la tradition classique et au rationalisme des philosophes du XVIIIème siècle. Il a défendu la sensibilité, la spiritualité chrétienne, l’expression, affirmé par une exigence de liberté et de modernité, renouvelé les sources d’inspirations artistiques (intérêt pour le Moyen Âge, l’Orient, l’Europe ). Il s’agit d’un trouble existentiel où le Moi se cherche et se déchire, en proie et aux doutes et aux désirs. Chateaubriand prétend « expliquer son inexplicable cœur » en écrivant ses
Mémoires d’outre-tombe.
Le « mal du siècle » menace l’écrivain romantique expose à la société ses sentiments au risque d’être rejeté par cette dernière et d’en être, comme le malheureux Nerval, la victime. Le voici, exposant les raisons de ce qui le poussera au geste ultime :
« Condamné par celle que j’aimais, coupable d’une faute dont je n’espérais plus le pardon, il ne me restait qu’à me jeter dans les enivrements vulgaires ; j’affectai la joie et l’insouciance, je courus le monde, follement épris de la variété et du caprice : j’aimais surtout les costumes et les mœurs bizarres des populations lointaines, il me semblait que je déplaçais ainsi les conditions du bien et du mal ; les termes, pour ainsi dire, de ce qui est sentiment pour nous autres français. - Quelle folie, me disais-je, d’aimer ainsi d’un amour platonique une femme qui ne vous aime plus ! » (extrait d’
Aurélia, 1855).
Le premier à s’illustrer dans le lyrisme mélancolique reste sans conteste Lamartine et les
Méditations poétiques (1820). Suivront Vigny, Musset, Hugo avec la même soif d’identification à la nature, le besoin de sans cesse ouvrir son cœur pour hurler son désarroi personnel, évoquer ses convictions politiques ou sociales.
Le drame romantique incarné par le
Ruy Blas (1838) de Hugo ou les
Caprices de Marianne de Musset (1833) sont une occasion supplémentaire de casser les canons de l’écriture théâtrale classique. Hugo avait notamment codifié ce genre dans
la Préface de Cromwell (1827). Mais c’est par le théâtre que débute le déclin du Romantisme. L’échec de la dernière pièce de Hugo,
les Burgraves (1853), relègue les écrivains comme Baudelaire (
Les fleurs du Mal, 1857) au rang de vestige romantique ou d’initiateur du symbolisme.
En témoigne cette image poignante du poète en maladroit géant des mers
L' Albatros
Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Baudelaire, Les fleurs du mal II
La littérature romantique exerce toujours un poids important sur notre inconscient. Véhicule de liberté, d’expression de soi, le romantisme a revêtu les formes et les sujets les plus divers. La faiblesse des écrivains romantiques, quelque soit leur origine, est leur force et permettent encore à beaucoup de poètes amateurs de s’exprimer aujourd’hui…