A Marseille se tient actuellement une exposition sur le paysage en Provence, du XVIIIe au XXe siècle. Près de 150 tableaux d’une soixantaine d’artistes permettent de remettre au goût du jour ce genre quelque peu déprécié. Longtemps considéré comme un art mineur, le paysage se développe et s’autonomise à partir du XVIIe siècle. La lumière étant l’un des éléments les plus importants dans la composition d’une telle œuvre, la Provence a été et sera toujours l’un des lieu les plus prisés pour la peinture en plein air.
Au XIXe siècle la Provence avait la réputation d’une terre d’utopie. En effet, à l’ère de l’urbanisation, elle gardait encore sa nature intacte, comme au temps des romains, devenant alors le lieu d’expression pour les artistes idéalistes. La lumière éclatante, le ciel toujours bleu et les contrastes forts séduisent également de nombreux peintres dont l’art se tourne vers la couleur.
Cette idéalisation de la Provence prend alors plusieurs formes. L’une d’elles se rapproche du naturalisme, mettant en valeur les sites les plus pittoresques. L’un de ses représentants est F. M. Granet. Formé auprès de Constantin (considéré comme le fondateur de l’école provençale du paysage), il transpose en Provence la douceur des paysages italiens et anticipe l’approche cézanienne du motif, dans une vision qui simplifie les volumes,.

François-Marius Granet, La Montagne Sainte-Victoire vue d’une cour de ferme du Malvalat, huile sur toile, 32,5 X 41 cm, Musée Granet, Aix-en-Provence.
Une autre forme d’idéalisation est celle prise par l’école de Marseille. En choisissant comme motif quasi exclusif la Provence, ces peintres de Marseille se font les témoins d’avant les grandes mutations industrielles et participent à leur manière à sa renaissance.
C’est autour de la figure d’E. Loubon que se forme cette école, s’attachant à restituer en de vastes perspectives l’austérité des collines, les chemins gris, les grands contrastes que provoquent le vent et la lumière. Leur art se caractérise par une vision large du paysage et un empâtement de la matière.

Emile Loubon, Vue de Marseille prise des Aygalades, un jour de marché, 1853, huile sur toile, 140 X 240 cm, Musée des Beaux-Arts, Marseille.
Ce soleil intense et franc du Sud de la France a marqué de nombreux artistes du XIXème siècle qui explorent ces paysages à travers de nouvelles voies. Van Gogh a été le premier à tomber sous le charme et à montrer cette Provence unique. Son séjour dans le midi sera le plus fructueux et le plus apaisé de sa courte carrière (une dizaine d’années), se basant sur les recherches de couleurs, de matières et de gestualité.

Vincent Van Gogh, Paysage avec gerbes de blé au lever de la lune (détail), 1889, huile sur toile, Kröller-Müller Museum, Otterlo, Pays-Bas.
Natif d’Aix-en-Provence, Cézanne constitue une figure emblématique pour les peintres en quête de modernité comme Derain ou Picasso. C’est là qu’il développera une nouvelle vision de la forme, basée sur la restitution géométrique de l’espace.
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1. Paul Cézanne,
Le Pigeonnier de Bellevue (détail), vers 1894-96, huile sur toile, The Cleveland Museum of Art, Cleveland.
2. André Derain,
Pinède à Cassis, 1907, huile sur toile, 54 X 65 cm, Musée Cantini, Marseille.
La Provence, sa luminosité, son paysage vierge, son pittoresque, ses marchés, ses ports… est alors une source d’inspiration pour de nombreux artistes du XIXe siècle. Beaucoup vont faire le déplacement pour s’imprégner de ce paysage. Cette nouvelle influence se ressent alors souvent dans leur art. Le fauvisme ou le cubisme, deux courants importants et novateurs du début du XXe siècle, s’élaboreront dans cet endroit si particulier, participant à développer ce mythe de la Provence utopique.
Quelques œuvres supplémentaires pour vous donner un rapide aperçu de cette exposition :
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3. Raoul Dufy,
Les Martigues, vers 1903, huile sur toile, 44 X 61 cm, Musée Ziem, Martigues.
4. Alfred Lombard,
Le Vallon des Auffes, vers 1909, huile sur toile, 74 X 93 cm, Centre Pompidou, Paris.
5. Louis-Mathieu Verdilhan,
Grand Pavois dans le port de Marseille, huile sur toile, 151 X 141 cm, Régie culturelle régionale Provence-Alpes-Côte d’Azur.
6. Henri Manguin
Marseille, fenêtre sur le vieux port, 1925, huile sur toile, 81 X 65 cm, Musée Ziem, Martigues.
Mon avis personnel sur cette exposition : J’avoue que j’ai été un peu déçue. On parle beaucoup de cette exposition mais je l’ai trouvé assez moyenne. L’avantage pour les non-spécialistes est de pouvoir voir de belles œuvres de Van Gogh, Cézanne, Dufy, Renoir, Seurat… Si on n’en connaît pas, c’est vraiment l’occasion de se confronter à ces maîtres de la couleur. Les reproductions que l'ont connait habituellement n’ayant jamais rien à voir avec les originaux lorsqu'ils sont en face de vous.
Le site de la Vieille Charité vaut le détour rien qu’à lui. Cet ancien hospice reconverti en musée est absolument magnifique.
En bref, si vous êtes dans le coin, allez y faire un tour. Sinon, abstenez-vous.
Exposition
Sous le soleil, exactement. Le paysage en Provence, du classicisme à la modernité (1750-1920), au Centre de la Vieille Charité (2 rue de la Charité, 13002 Marseille), du 19 mai au 21 août.
Un lien pour en savoir et en voir un peu plus sur cette exposition :
http://www.mairie-marseille.fr/vivre/culture/expostemp/exposouslesol.htm
Pour voir le site de la Vieille Charité:
http://www.marseillenet.com/marseille-charite-1-1.html