Le cinéma a abordé de nombreuses fois le thème de la folie à travers différents genres, différentes variations. La folie est un formidable objet pour le cinéma, de pouvoir amener le spectateur dans les recoins obscures du psychisme humain. Les réalisateurs vont se regaler de pouvoir faire de leurs personnages, des êtres sans limites en pretextant la folie du personnage. Par la représentation de la folie, un scénario de base peut devenir un véritable labyrinthe pour le spectateur qui peu lui aussi s’enfoncer dans les méandres de la folie.
La folie au cinéma est très souvent abordée par le biais de la schizophrénie. La schizophrénie est une psychose qui se manifeste par la désintégration de la personnalité et par la perte du contact avec la réalité. Cette maladie mentale envisagée au cinéma se réduit très souvent à un dédoublement pathologique de la personnalité. Le genre cinématographique le plus friand de l’utilisation de cette pathologie pour ses personnages est le film d’horreur. Le schizophrène fait peur par son incapacité de poser des limites. On ne sait jamais jusqu’où le personnages névrosé peut aller, ni s’il peut s’arrêter…
Trois schizophrènes au cinéma:
Norman Bates dans Psychose (Alfred Hitchcock)

L’histoire
Phénix (Arizona). Marion Crane et Sam Loomis sont amants mais le manque d'argent compromet pour l'instant leur mariage. Chargée de déposer à la banque les 40 000 dollars que Tom Cassidy vient de donner à son patron George Lowery, Marion voit là l'occasion d'avoir l'argent dont elle a tant besoin. Elle quitte alors Phœnix en voiture et est contrainte de s'arrêter sous la pluie dans un motel, le Bates Motel. Ce dernier est tenu par Norman Bates et sa mère. Marion est l'unique cliente.Marion bavarde avec Norman qui vit manifestement dans l'ombre de sa mère. Epiée par Norman, Marion se déshabille et va prendre sa douche. Survient alors brutalement une forme menaçante - la mère de Norman- qui frappe Marion à coups de couteau. Il s’agit ici de la fameuse scène de douche, désormais culte. Norman découvre le meurtre commis par sa mère. Il nettoie les traces du crime et immerge dans un marais voisin la voiture et le corps de Marion.Sam Loomis reçoit la visite de Lila, la sœur de Marion, inquiète de ne pas avoir de nouvelles d’elle. Arrive alors Milton Arbogast qui est détective privé. Lui aussi recherche Marion car il est engagé pour retrouver les 40 000 dollars disparus. Arbogast poursuit son enquête et celle-ci le conduit jusqu'au Bates Motel. Il interroge Norman puis décide de parler à la mère de ce dernier. Il pénètre dans la maison et monte l'escalier mais la mère de Norman apparaît brusquement et le poignarde à mort.Lila et Sam découvrent que la mère de Norman est morte depuis dix ans… Lila pénètre dans la maison et finit par découvrir dans la cave le corps desséché de madame Bates. Norman habillé en femme, apparaît soudain, prêt à poignarder Lila. Sam intervient in extremis et le neutralise. Le docteur Richman explique à Sam et Lila le cas psychique de Norman Bates qui est désormais possédé par la personnalité de sa mère.
Psychose reste le meilleur exemple de cas de schizophrénie au cinéma. Admirablement construit, le personnage de Norman Bates est d’autant plus intéressant qu’au début du film, celui qui paraît être un homme totalement soumis à sa mère, torturée par une extrême gentillesse, se trouve être le pire des monstres. A l'époque où a été tourné le film, les maladies psychiques -telle que la paranoïa ou la schizophrénie- étaient bien plus tabous qu'aujourd'hui. C’est aussi pour cette raison qu’il reste une des figures les plus emblématiques et les plus déroutantes du cinéma. Dans le film, un psychiatre explique d'une manière très clinique le comportement d'un schizophrène, Hitchock tenait abosluement à ce que le comportement du personnage soit expliqué cliniquement dans le film. La dernière scène de psychose est la plus effrayante de toute. Norman se parle à lui-même ou plutôt sa mère se parle à travers lui. Le spectateur est deboussolée face à son regard fou. Norman est devenu sa mère.
Jack Torrance dans Shining (Stanley Kubrick)

L’histoire
Un hôtel isolé dans les Montagnes Rocheuses. L'hiver approche et les routes vont devenir impraticables pour cinq mois. Tout le personnel va déserter l'hôtel sauf le gardien, Jack Torrance, un homme instable. Cette solitude lui semble propice pour commencer un nouveau livre. Il s'installe avec sa femme Wendy et son fils Danny.Le gérant de l'hôtel les met en garde car, quelques années auparavant, le gardien, devenu subitement fou, massacra sa femme et ses deux filles à coups de hache. Danny possède un don de médium et pressent un danger à habiter cette bâtisse. Avant son départ, Hallorann, le vieux chef-cuisinier noir, lui aussi médium, a deviné le don que le petit garçon possède, un don appelé le "Shining". Un mois passe, durant lequel Jack Torrance écrit son roman. Peu à peu, des visions et des hallucinations hantent l'écrivain. Au cours de ses crises, il rencontre Grady, le gardien assassin, et se laisse convaincre de punir sa famille. Wendy découvre le manuscrit de son mari composé d'une phrase incohérente répétée des centaines de fois. Elle prend peur et essaie de s'enfuir, mais la chenillette ayant été sabotée, la fuite est impossible. Prise de panique, elle s'enferme avec son fils dans leur appartement. Hache à la main, Jack défonce la porte, tandis qu'Hallorann ayant pressenti le danger, arrive sur les lieux. Il se fait tuer par Jack, qui peu après poursuit son fils dans un labyrinthe de haies enneigées.
La rencontre physique de Jack avec les « fantômes » sont l’objet de son imagination. Si Danny a bien des pouvoirs surnaturels, Jack, lui devient schizophrène et paranoïque. Le film déploie des facteurs psychologiques humains impressionnants. Notre connaissance des personnages en présence augmente en même temps que la folie de Jack. Un film aussi génial que terrible.
Su-mi dans deux soeurs (Kim Jee-Woon)

L’histoire
Après une longue absence, deux adolescentes, Su-mi et sa jeune sœur Su-yeon, reviennent dans la demeure familiale, grande maison isolée à la campagne.
Ramenées par leur père, le discret Mu-hyun, elles sont accueillies par leur belle-mère, Eun-Joo, dont le comportement à la fois courtois et extraverti, suscite des réactions épidermiques chez les deux sœurs.
Su-mi fait preuve d’une attitude méprisante et rebelle envers cette femme qu’elle semble haïr, tandis que Su-yeon, au caractère plus effacé, demeure très craintive en sa présence.
Le malaise ne cesse de croître entre les membres de cette famille, dès le premier dîner censé fêter le retour des jeunes filles.
A la nuit tombée, Su-yeon, persuadée que quelqu’un a tenté de pénétrer dans sa chambre, se réfugie, terrorisée, dans celle de sa sœur. Après plusieurs évènements étranges les rapports entre la belle-mère et les deux filles s’enveniment cruellement.
Machination ou présence surnaturelle dans la maison ? La réponse pourrait être aussi effrayante qu’inattendue…
Ce film d’horreur coréen est un chef d’œuvre de l’horreur et de la schizophrénie. Le spectateur, sûr de lui, ne pense qu’il a affaire non pas à un dédoublement de personnalité, mais à une multiplication de personnalité. En effet, le spectateur est malmené durant tout le film qui est par sa forme très angoissant. Aussi, il se trouve dans l'insécurité de ne pas réussir à cerner les personnages. En effet, si l’on découvre à la moitié du film que la sœur de Su-mi n’existe pas, le spectateur continue à croire que la belle-mère existe belle et bien, alors qu’elle ne réside aussi que dans l’imagination de la jeune fille. Ainsi, tout le film tient à l'imagination torturée de la jeune fille. Le spectateur est désorientée à la fin du film de s'être laissée berner, comme si, lui aussi, avait été le temps d'un film, victime de trouble de la personnalité. Angoissant non!?