Fabrique-moi un bijou
La gazette n°16 | 1er Décembre 2005 | Lu 4601 fois | 7 Commentaires
Sommaire
  
Nous allons pénetrer au coeur d'un métier passionnant: la bijouterie. Avec l'exemple d'un pendentif, nous allons nous mettre à la place de l'artisan et comprendre toutes les étapes de fabrication. A vos limes et chalumeaux, nous allons commencer...
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Aujourd’hui, avec la collaboration de notre ami bijoutier (enfin plus le mien que le vôtre, je vous l’accorde), je vais essayer de vous expliquer la réalisation d’un pendentif de A à Z.
De cette manière, nous allons rentrer dans ce métier d’artisan si passionnant qu’est la bijouterie. Plutôt qu’une interview, Arnaud nous a confectionné ce pendentif et nous explique comment il a fait.


Pendentif en or blanc et diamants sur une perle de Tahiti.


Il faut commencer bien évidemment par avoir une idée ou une pierre à orner.
Avant toute fabrication, il est préférable de réaliser au préalable un dessin de l’objet, pour permettre au client de l’imaginer en 3D mais aussi pour savoir vers quoi le bijoutier doit aller.


Dessin du pendentif.


Parce que sinon ça serait trop facile, il y a plusieurs manières de fabriquer un objet : soit en fonte à la cire perdue, soit en travaillant directement l’or.
Aujourd’hui, on va se pencher sur la fonte et, si vous êtes sage, peut-être qu’une prochaine fois on abordera la deuxième manière.

La technique de la fonte à la cire perdue est utilisée depuis des centaines d’années. Elle est originaire d’Afrique et s’est étendue peu à peu en Europe. Elle a permit de réaliser des œuvres aussi diverses que variées comme des cloches d’églises, des statues en bronze ou des petits objets décoratifs.
Elle peut s’effectuer de deux façons différentes. La première consiste à réaliser une maquette en métal, à lui fabriquer un moule puis à la fondre en or. La deuxième part d’un modèle en cire, se fond en argent, se place dans un moule puis se refond en or. Cette dernière s’effectue lorsqu’il est trop difficile de façonner la forme directement dans le métal.

Mais penchons-nous sur la première méthode, celle qui débute par une maquette en métal, et détaillons un peu les étapes :
1 – Il faut partir d’une feuille d’argent ou de fils, et les souder petit à petit afin de former l’objet.

2 – Une fois le bijou réalisé en argent, aux bonnes dimensions, il faut lui confectionner un moule. Pour cela, on emploie des lamelles de caoutchouc crues, mises en couches successives et emprisonnant l’objet.
Ce moule est mis sous une presse chauffante qui permet de cuire le caoutchouc en forme autour du pendentif.
Cette technique a un défaut car elle empêche de prendre en moule des matériaux qui craignent la chaleur, comme le plastique. Il existe maintenant des résines de silicone permettant de prendre un moule à froid, mais il est souvent trop fragile dans le temps.

3 – Le moule cuit devient monobloc. Il faut alors l’ouvrir au scalpel (Non non, pas de Dr Ross en vue mesdames, calmer vos hormones) en faisant attention aux plans de joints (jointure des différentes pièces de caoutchouc). C’est une étape délicate car il faut bien ouvrir le moule et surtout au bon endroit.


Partie du moule.


4 – Il faut ensuite réaliser une tige de coulée dans le moule. Elle permettra le passage de la cire. Cette arrivée se fait soit en creusant le moule, soit en la soudant directement à la maquette en argent (c’est-à-dire à l’étape 1). Cette dernière permet en général une finition plus propre.
Suivant la taille des pièces, il faut effectuer des petites ouvertures permettant à l’air de s’échapper ou pour retirer l’objet.

5 – Il faut ensuite injecter de la cire chaude dans le moule à l’aide d’une fontaine à cire. Une fois la cire froide, il faut la sortir du moule, la nettoyer et l’ajuster si besoin.


Cire avec tige de coulée sur le haut.


J’espère que vous suivez jusque là car ce n’est pas encore fini !

6 – L’étape suivante est de réaliser un arbre de coulée en cire. Il s’agit d’une grosse tige centrale sur laquelle sont posés tous les objets à fondre. Cela ressemble alors à un arbre, d’où son nom (logique n’est-il pas ?!).


Arbre de coulée avec le pendentif en haut.


7 – Par la suite, le bijoutier doit confectionner un plâtre spécial car très fin (un peu comme du talc). Il est débullé dans une cloche sous vide (bah oui, faudrait pas avoir la trace de bubulles dans son bijou, ça serait pas top…).
L’arbre est alors mis dans un cylindre en métal et le plâtre est coulé à l’intérieur et débullé à nouveau (on ne sait jamais, c’est fourbe une bulle).
On le laisse sécher à l’air libre avant de le mettre au four toute la nuit. Le four monte progressivement en température et va jusqu’à 1200°C.
La cire fond alors complètement sous l’effet de la chaleur et disparaît sans laisser de dépôts (presque comme par magie !).

8 – Pendant ce temps (enfin au matin, pas pendant la nuit, ça dort un bijoutier hein) l’or est fondu dans un creuset. Il doit être bien liquide. Pour obtenir de l'or blanc, de l'or jaune 24 carat, 20% (du poids de l'or jaune) d'argent et 13% (du poids de l'or jaune également) de rhodium doivent être mélangés.
Le plâtre est alors sorti du four et le métal est versé dedans. Il prend alors la place de la cire et se forme à la dimension de l’objet.

9 – On jette alors le tout dans de l’eau froide. Le plâtre casse avec le choc thermique et reste l’arbre de coulée en or. On peut facilement enlever les objets de l’arbre en coupant les tiges de coulée. Cette opération s’appelle le dégrappage (un peu comme pour les vendanges quoi…).


Pendentif en or avant limage de la tige de coulée et nettoyage.



10 – Il ne reste plus qu’à nettoyer le bijou, à le limer, à le passer sous du papier emerie (sorte de papier de verre) de grains différents, à sertir les diamants et polir le tout.
Le sertissage est étape minutieuse car il nécessite d'enfermer les pierres. Des petits grains de métal sont repoussés à l'échoppe (petit burin) sur la pierre l'empêchant ainsi de bouger.



Pendentif après polissage et avant le sertissage.



Un jeu d’enfant, n’est-ce pas ?

Pour la deuxième méthode, celle qui consiste à partir d’une cire, il suffit de sculpter l’élément dans une cire spéciale et de la placer dans un arbre à couler. Les opérations suivantes sont les mêmes que l’on vient de voir.


Le haut du pendentif fin près, la perle de Tahiti (qui se différencie des autres perles par sa couleur grise-noire) peut y être rattachée. Pour se faire, une petite tige de métal est soudée à l'intérieur du pendentif, et la pierre, percée aupréalablement d'un trou, vient s'y loger. Elle y est fixée définitivement par un point de colle (faudrait pas qu'elle tombe la jolie perle!).

Bon, ok, comme ça ça paraît rébarbatif mais croyez-moi, c’est un vrai métier d’art. On pourrait passer des heures à les regarder créer ces petites merveilles. Sans parler des pierres éclatantes qui passent sous vos yeux ou des perles plus belles les unes que les autres. Malheureusement, ce métier d’artisan, comme beaucoup d’autre, se perd. Les grandes bijouteries manufacturées remplacent les petites. Des enfants sont exploités dans des pays étrangers parce que peu de monde actuellement ne veut prendre le temps d’apprendre un tel métier et courir le risque de s’installer à son compte.
Alors si vous souhaitez offrir un bijou à votre mère pour Noël ou une bague à votre fiancée pour votre futur mariage, pensez à aller voir un artisan. Le travail sera toujours mieux fait, la qualité bien supérieure à ce que vous trouverez en supermarché, et vous aurez participé à sauver l’artisanat français.




Ptite-Marie