Briller en société : L'art nouveau
La gazette n°17 | 1er Janvier 2006 | Lu 2973 fois | 4 Commentaires
Sommaire
  
Et non, l’art nouveau n’est pas la dernière mode des bobos parisiens. Pourtant, ce courant le fut durant les années 1900. Des courbes en veux-tu en voilà, des coloris vifs, des techniques nouvelles, etc. Bref, un autre style artistique à découvrir de toute urgence.
A lire aussi


L’art nouveau est un courant qui se répand en Europe entre 1895 et 1905. Thème central de l’Exposition Universelle de Paris, c’est en 1900 que ce style explose. Egalement appelé style nouille en raison des formes en arabesques caractéristiques, ce mouvement naît d’artistes désireux de rompre avec le conformisme de l’époque, trop immobile à leur goût. Des thèmes nouveaux voient alors le jour ainsi que les matériaux qui se mélangeant aux techniques nouvelles comme l’acier ou le verre. Les artistes créent avec en tête un concept unique : faire beau et utile.

C’est à Nancy que l’Art nouveau se développe le plus. L’annexion allemande de l’Alsace et de la Moselle entraîne une migration de français vers cette ville de Lorraine. Beaucoup d’artistes se sont alors regroupés et ont assis le mouvement en créant l’Ecole de Nancy. Elle a pour but de promouvoir les nombreuses industries de sa région en exploitant ses richesses dans les réalisations modernes. Le but utopique était d’intégrer la beauté à la vie quotidienne et de la mettre à la portée de tous.
Prônant la cohérence entre structure et décoration, il devient alors un art total, touchant le mobilier, la sculpture, l’architecture, la peinture, le vêtement, les arts décoratifs…

Prenant la nature comme modèle, l’objet art nouveau s’apparente à un végétal. Il engendre le trait en « coup de fouet » exprimant le mouvement, la passion, la vitalité, la vigueur des idées nouvelles. La femme est un aussi élément récurent. Elle est montrée sensuelle, les cheveux défaits et libérée sans corset. C’est une révolution dans la représentation de la femme dans l’art.


Alfons Mucha, Les quatre saisons : L’Eté , panneau décoratif,1896.


Dans cette œuvre, Mucha rend ses couleurs et ses lignes courbes vivantes. Il exalte la femme en lui donnant une pose sensuelle.
Certains peintres tels que Alfons Mucha ou Gustave Klimt, sont les représentants de ce style. Malheureusement, ils sont peu nombreux car l’art nouveau se retrouve moins dans la peinture ou la sculpture que dans les arts décoratifs. Pourtant, ce style si emphatique est une source d'inspiration et de techniques nouvelles.
Henri Guimard est l’une des exceptions pour le domaine de la sculpture. Lui-même n’a pas persévéré dans cet art, mais c’est plus dirigé vers l’architecture ou la décoration. Mais qui ne connaît pas ces célèbres entrées de métro ?


Hector Guimard, Bouche de métro Nation à Paris.


En revanche, ce courant culmine dans le domaine de l’architecture. Victor Horta, artiste belge, a innové ce style en réalisant le premier bâtiment art nouveau en 1893 à Bruxelles (Hôtel Tassel). Il met l’escalier au centre de la maison : c'est une révolution!. Les longues pièces en enfilade sont enfin abolies et le déambulement se fait plus agréablement. Avec les débuts de l’électricité et par-là d’une ère nouvelle, tous les nouveaux conforts sont intégrés dans les maisons de ce style. Vive le chauffage central et l'éclairage éclatant!
Il y a toujours un souci du détail poussé à l’extrême : tout devient une œuvre d’art (poignées, boîte aux lettres, etc.).


Victor Horta, entrée de l’Hôtel Tassel à Bruxelles.


Les arts décoratifs sont aussi le support de nombreuses œuvres.
Le mobilier est mis en valeur entre autre par Louis Majorelle qui s’imposa comme chef de file de l’art nouveau dans l’ébénisterie. Ses meubles, pour la plupart assortis en ensembles (séjours, chambres à coucher, etc.), sont ornés de magnifiques feuillages et de ferrures opulentes. Il mécanise ses ateliers afin de mettre ses productions à la portée des classes moyennes, ce qui est une véritable boulversement! Heureusement, il ne néglige pas pour autant les techniques anciennes comme la marqueterie, ici superbement réalisée.


Louis Majorelle, Etagère, bois, h. 139.7 cm, vers 1900, Sainsbury Centre for Visual Arts, Norwich, Royaumes Unis.


Grâce à Emile Gallé, les arts de la table ne sont pas en reste. Ce maître verrier s’intéresse à l'idée de pouvoir retranscrire les formes offertes par la nature, qu'elles soient florales ou animales dans la décoration du verre, et à développer l'ornementation sur les objets de verre. Il est également inspiré par l'art japonais, à la mode depuis les échanges récents avec l’Europe, qu'il traduit autant dans les ornements que dans les formes.


Emile Gallé, Vase à balustre, verre émaillé et dorures japonaises, 1888, Musée de l'Ecole de Nancy.


En tant que moyen d’expression redécouvert, les bijoux offraient également un champ très large aux techniques nouvelles et à la nature, extrêmement décorative du style art nouveau. L’art du bijoutier était servi dans sa création de l’esthétique nouvelle par les progrès techniques du XIXe siècle et la féminité dont l’influence était très grande à l’époque.


René Lalique, peigne, corne, émail blanc pour les fleurs et émail gris vert pour les feuilles, 1900.


Il m’est impossible de vous montrer toutes les réalisations art nouveau, ni même de parler de touts les artistes tant ce mouvement a été florissant dans les années 1900. Il est néanmoins tombé peu à peu dans la désuétude au moment de la Première Guerre Mondiale. Il a laissé sa place à l’art déco, aux lignes beaucoup géométriques et épurées. Il restera tout de même une source d’inspiration pour de nombreux courants et engendrera notamment l’Art psychédélique dans les années 1960, où les artistes hippies se réapproprient les courbes si propres à l’art nouveau.



Ptite-Marie