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Interview – Steffeuh, chercheuse… La gazette n°2 | 1er Octobre 2004 | Lu 1255 fois | 0 Commentaire
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Zaza nous livre plus qu’une interview. Steffeuh, répondant à ses questions, nous parle du Sida, autrement. Du point de vue d’une chercheuse. N’oubliez jamais de sortir couvert. Pour vous, pour tous, pour aujourd’hui et surtout pour demain… |
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Stephanie, Steffeuh pour les intimes cache derrière un humour, noir parfois, elle n’est pas fan de Lapointe et de Desproges pour rien, l’activité qui a l’occupée jusqu’à 18 heures par jour pendant un an… tel est le lot des assoiffés de travail me direz-vous… que nenni ! Il est aussi celui des étudiants… Elle n’a pas sa langue dans sa poche et partage avec nous son expérience du monde de la recherche et des associations pour lesquelles elle a travaillé ces dernières années…
- Salut Steff ! tu étais, jusqu’à hier, étudiante en biologie…
Le DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) dans lequel j’ai eu la grande chance d’être admise pour une année entièrement sacerdotale, vouée au culte de la science fondamentale, est le DEA… (J’oublie toujours son nom…attends je regarde le titre de mon rapport…) donc DEA Maladies Transmissibles et Pathologies Tropicales (et pas Maladies sexuellement transmissibles Tropicales…).
- Peux-tu rappeler ce qu’est un DEA ?
Un DEA…c’est un moyen pour les labo de faire réaliser un travail monstre sans avoir à payer les étudiants, qui ne comporte aucune gratification (même pas et surtout pas) humaine et qui de plus joue un max sur la motivation de petits jeunes pour souvent les laisser sur le carreau. Globalement c’est du lavage de cerveau à bas prix.
Sinon pour être dans la définition objective c’est la cinquième année du cursus universitaire après la maîtrise. S’il y a un financement il permet de faire une thèse, le cas échéant il permet de postuler à, outre l’ANPE, un niveau ingénieur… Mais les postes d’ingénieurs sont inexistants ou attribués par « copinage » (ce à quoi j’adhère puisqu’il est normal de préférer donner un poste à une personne que l’on sait capable).
- Quel est le devenir d’un mémoire de DEA ?
Soit ton DEA t’a permis d’amener des informations intéressantes et dans ce cas tu publieras lors de ta première année de thèse dans une revue scientifique plus ou moins cotée, soit tu n’as rien amené comme informations et ton travail tombe dans le vide sidéral des rapports de DEA. Il fini sa vie entouré d’autres rapports de DEA sur une étagère de la bibliothèque de la fac… oublié, alcoolique, déprimé…
- Je suppose que de nombreux moyens sont mis en œuvre tant au niveau du matériel que de l’encadrement, étant étudiante…
Des moyens…si tu as la chance d’être dans un laboratoire riche (ce qui est rarement le cas) tu as à disposition matériel et réactifs. Si tu es dans un labo pauvre… tu fais la mendicité pour une enzyme. En résumé, être dans un labo pauvre c’est comme être en Tchétchénie : tu sais que les choses existent mais tu sais que pour toi ce n’est même pas la peine de rêver à moins de te prostituer (ce qui arrive dans les labos riches).
En ce qui concerne l’encadrement… au vu de mon expérience multiple et variée… il n’y a pas d’encadrement qui soit véritable. Si tu fais un DEA, il faut savoir que tu vas devoir te débrouiller tout seul dans un milieu qui t’est complètement inconnu, et que tu ne peux compter sur personne. En résumé : bon courage parce que c’est pire que Dallas et son univers impitoya(ah)ble(euh).
- Plus précisément, quel est le sujet de ton DEA ?
Il s’agissait, pour simplifier, de mettre au point un test qui permet de savoir pourquoi certains patients sont résistants au traitement anti-VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine).
En fait, il existe deux formes de VIH, le VIH-1 et le VIH-2, beaucoup moins étudié. Mon travail a consisté à adapter, pour les patients infectés par le VIH-2, ce qui a été mis en place pour détecter les mutations apparaissant chez les patients infectés par le VIH-1. Actuellement on recherche les mutations apparaissant sur une enzyme virale essentielle à la réplication du VIH, la Transcriptase Inverse (qui permet au virus de synthétiser son information génétique et donc de proliférer). Mon « outil de travail » était la levure du pain (Saccharomyces cerevisiae de son petit nom, mieux connue que la levure de bière, du moins par les chercheurs…). On l’utilise parce qu’elle est simple d’utilisation, pas dangereuse et surtout parce qu’on connaît très bien l’ensemble de son génome ayant été séquencé. Mais ne craignez rien je n’ai pas créée de levures sidaïques !! J’ai juste mis un gène du virus dans la levure et observé son développement. Pour qu’il n’y ait aucun danger potentiel toutes les levures étaient détruites par la suite.

- Quelle est la différence entre VIH-1 et VIH-2 ?
Et bien si les structures génomiques sont identiques, les protéines en présence ne montrent que 60% d’homologie (40% en ce qui concerne les protéines de surface du virus). L’activité des enzymes virales est la même mais les acides aminés (qui forment les protéines) sont différents. Ce qu’il faut savoir c’est que ces deux virus sont issus d’un ancêtre commun affectant les singes (SIV). Le VIH est ce qu’on appelle une zoonose : c’est à la base un virus de singe qui s’est adapté à l’homme. Par contre non non non et non le SIDA n’a pas été transmis par des africains qui avaient des rapports sexuels avec des singes comme le répandent certains malades mentaux : le SIDA a été transmis à l’homme parce que les Africains se nourrissent de viande de singe.
Par ailleurs, si les VIH de type 1 et 2 donnent la même pathologie, le VIH-2 est moins transmissible et la maladie est plus longue à se manifester : 20 ans au lieu de 10 pour le VIH-1. Enfin, la situation géographique n’est pas la même alors que le VIH-1 a une répartition mondiale, le VIH-2 se trouve majoritairement en Afrique de l’Ouest, au Brésil et au Portugal.
- On connaît les différents modes de transmission du virus du SIDA, mais comment le VIH attaque-t-il l’organisme ?
Le SIDA se transmet de différentes façons. Par le sang, par l’utilisation de seringues souillées ou lors d’une transfusion par du sang contaminé, par le sperme (chez l’homme) ou les muqueuses (chez la femme), lors des rapports sexuels, et lors d’une grossesse, l’enfant à 50% de chance d’être contaminé. Par contre le sida ne se transmet pas par la salive ou les gestes de tous les jours. Il faut le rappeler.
En ce qui concerne l’attaque virale : le virus s’attaque aux cellules présentant en leur surface des récepteurs appelés CD4. Malheureusement ces cellules sont essentielles dans la réponse immunitaire (lymphocytes T4, macrophages…). Le virus utilise la machinerie de la cellule hôte pour se multiplier. Les seuls symptômes observés juste après l’infection ressemblent à une grosse grippe après plus rien pendant plusieurs mois. Pendant cette phase (dite asymptomatique, le virus va proliférer pendant sans aucun symptôme. La quantité croissante de virus finira par déclencher une réponse immunitaire de l’individu qui créera des anticorps circulants anti-VIH : l’individu est alors séropositif. Mais les lymphocytes, qui aident à combattre le virus, sont détruits progressivement. La charge virale augmente, le SIDA est alors déclaré.

Il est important de souligner que personne ne meurt du VIH lui-même mais de maladies opportunistes, tels le sarcome de Kaposi ou la tuberculose, qui se développent grâce à l’absence de défenses immunitaires.
- Pourquoi est-il si difficile de trouver un vaccin ?
La Transcriptase Inverse qui permet la synthèse du matériel génétique du virus induit des mutations au sein du génome des VIH (elle fait beaucoup d’erreurs lors de la synthèse de l’ADN viral). Le VIH est un virus en perpétuel changement. Par exemple, on peut penser à priori, qu’un individu atteint du SIDA a en lui une seule sorte de virus…et bien c’est faux ! Il possède un mélange de virus différents… Ce qui voudrait dire qu’il faudrait un vaccin par virus… ce qui est irréalisable pour le moment…
Pour faire une comparaison simple… Le vaccin contre la grippe est administré tous les ans… et pas seulement par ce que l’hiver approche, mais parce que le virus mute « peu », et qu’une injection par an est suffisante… pour le VIH, il faudrait vacciner au moins une fois par jour…
La recherche dans ce domaine se focalise désormais sur le site de réplication du virus… un virus qui ne peut plus se multiplier disparaît…
- D’où le recours à la trithérapie…
Comme son nom l’indique, trois produits composent ce traitement dont le but est de bloquer la désormais fameuse Transcriptase Inverse.
Il faut surtout savoir que ces traitements sont tout sauf anodins ! Ils peuvent être toxiques pour les patients et peuvent induire des populations virales résistantes dans ces cas là les traitements peuvent devenir très compliqués.
Pour être efficaces les molécules doivent être métabolisées par les cellules et quelques fois il est nécessaire d’ajouter d’autres composants pour rendre les traitements plus efficaces. Mais ces traitements sont lourds : beaucoup de cachets à prendre avec de nombreux effets secondaires. Ces molécules peuvent provoquer chez les patients une attaque du système nerveux, une délocalisation des graisses du corps etc.
La trithérapie n’est PAS un remède miracle, elle ne permet pas d’éradiquer le SIDA ! Elle sert juste à endiguer sa progression.

- Que penses-tu de la prévention aujourd’hui ? Le message est-il passé ?
Je pense que ces campagnes, du moins en France sont ultra simplistes et pas très intéressantes c'est-à-dire que les messages simplifiés au maximum n’induisent pas, à mon avis, le réflexe capote au moment crucial. En tout cas dans mon cas, ce n’est pas ce genre de messages qui m’y ont fait penser.
D’un autre côté les campagnes « trash », je ne les trouve pas plus convaincantes, moi le trash ça me donne pas envie de regarder, j’aurais plutôt tendance à tourner la tête et pour les gens comme moi l’effet est nul.
Pour moi, il faudrait sensibiliser de façon intelligente, faire réfléchir en instaurant dans les écoles des journées de débats sur le VIH sans langue de bois. Une approche active et pédagogique avec des associations dès le collège.
- Que faudrait-il pour aider la recherche contre le SIDA ?
Définitivement plus de mains…. Et de subventions !
L’Etat ne fait que tolérer la main d’œuvre gratuite que constituent les étudiants (DEA, thèse, Post Docs, Post Post Docs) et c’est inacceptable. Certains post docs (années après la thèse… comme si huit ans d’études suffisaient pas, après la thèse il est nécessaire de faire 3 ans de post doctorat) n’ont parfois aucune couverture sociale mais tout le monde trouve ça normal… c’est comme ça quand on est chercheur on n’a pas le droit de se construire une vie et de vivre de son métier. Le plus drôle c’est qu’un étudiant après sa thèse n’a parfois pas le « droit » de s’inscrire à l’ANPE. Les directeurs de labo peuvent faire une forte pression psychologique sur ces derniers les empêchant de le faire : « si tu t’inscris tu ne trouveras jamais de postes, je ferais tout pour que tu n’en trouves pas ».
De plus les contractuels du CNRS, INSERM etc. sont pas ou peu payés. Cette situation est connue mais rien n’est fait pour y remédier, on te regarde avec les yeux de la fatalité : tu l’as choisi tu subis ! Moi j’appelle ça de l’esclavagisme !
- SIDACTION ? va-t-on arriver à une équivalence avec le Téléthon ? (qui a une grande efficacité d’ailleurs…)
Non je ne pense pas que le SIDAthon puisse exister. Le SIDA touche essentiellement des adultes (sexualité ou drogue) et de ce fait n’est pas vécu comme la fatalité héritée que sont les maladies héréditaires. Les dons sont différents. Par contre le SIDAction a été utile mais est ce le bon système ? Je ne sais pas. Par contre je sais que ce sont les associations qui financent la majeure partie la recherche en France, elles sont très actives et vraiment indispensables.

- Maintenant que tu as terminé ton DEA… quels sont tes projets ?
Dormir (lol) et essayer de trouver du travail. On ne peut pas dire que ce soit évident en France et j’en ai marre des galères ! Il faut savoir que ce milieu je le côtoie et j’y travaille depuis que j’ai 23 ans. J’ai effectué mon DEA pour avoir une valeur ajoutée sur mon CV et je sais que pour bosser il faut que je parte, ça ne me dérange pas du tout au contraire. Malheureusement ces 4 ans ont suffit à me dégoûter de ce qui était une passion. En France on te donne ce sentiment qu’à 27ans ta vie est dans une impasse et ça m’emmerde.

Quelques adresses utiles…
http://www.unaids.org/en/default.asp
http://www.sidaction.org/
http://www.solidarite-sida.org/index.php3
http://www.sida-info-service.org/index.php4
http://www.laviedevantsoi.fr.st/
http://www.planetesolidarite.org/appli/site/index.htm
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