Bon ! un mois a passé, il est temps de retourner à nos moutons et de retrouver ce cher monsieur tout le monde qui ne sait plus trop où donner de la tête avec son salaire qui reste le même et les prix qui partout augmentent ! Nous en étions en plein système D vous vous souvenez ? Alors c'est reparti !
Dans les campagnes, pour les paysans la vie est un peu moins compliquée mais ça n'est pas la joie non plus ! Les femmes filent à nouveau la laine et comme à la ville tout est récupéré : les vieilles ampoules, les bouteilles, les pots pharmaceutiques... tout trouve une seconde vie ! Les français élèvent des animaux pour leur consommation personnelle puisqu'ils ne peuvent plus en acheter chez le boucher, les poules et les lapins ont remplacé les géranium sur les balcons. Le troc revient et ceux qui ont de la famille à la campagne peuvent bénéficier des colis familiaux dont la circulation et le contenu sont soigneusement réglementés. Le vol et le marché noir se développent également. Les français tentent de faire passer des marchandises en fraude, dans les trains notamment. Il existe de nombreuses anecdotes amusantes à ce propos comme les veaux qui prennent la place des bébés dans les voitures d'enfant...
Mais la vie c'est aussi se divertir, pour continuer à vivre malgré tout ! On se réunit en famille et avec les voisins autour du poste TSF le soir, quand on a la chance d'être en zone libre pour entendre les nouvelles de Londres avec les fameux "Les Français parlent aux Français" et "Radio Paris ment, Radio Paris est allemand". Mais certains écoutent davantage le maréchal Pétain, qui longtemps bénéficiera d'une grande aura, car on fait confiance au vainqueur de Verdun dans beaucoup de familles. Mais il y a aussi les courses hippiques, les galas, le cinéma, le théâtre (avec le grand succès du "Soulier de satin" de Claudel) et les bibliothèques qui affichent complet. Les chansonniers connaissent un grand succès avec leurs histoires qui ont un petit goût de revanche comme celle de cet homme qui dit à un soldat allemand qui n'arrive pas à enfiler sa vareuse : "Hein qu'c'est difficile à passer la Manche !" Les dessinateurs caricaturent entre autre le marché noir malgré les pénuries de papier.
Intéressons-nous pour finir à la vie des minorités pendant ces sombres années. Ce fut pour les hommes du STO, les résistants et les Juifs la peur au quotidien... Au service de travail obligatoire c'est tout d'abord la déception qui attend ces hommes qui sont mobilisés dès juin 40. Les premiers qui rejoignent les camps sont extrêment déçus, ceux-ci sont éloignés de tout : des villes, des bistrots, des cinémas... c'est l'isolement total. Par ailleurs ils mangent mal et peu, il n'y a pas d'électricité et ils dorment à même le sol. Et puis le travail est très dur et éprouvant, les travailleurs connaissent exactement les mêmes conditions de vie que les prisonniers malgré les promesses. Sur 650 000 Français envoyés, 35 000 sont morts là-bas... Le STO devient très vite l'ennemi numéro 1 des Français de 18 à 50 ans. Malgré la propagande, personne ne veut aller travailler en Allemagne, d'ailleurs la plupart des permissionnaires ne rentrent pas et vont gonfler les rangs de la résistance en dépit de l'action de la milice chargée de "motiver" les foules...
Du côté des résistants justement ! (quelle habileté dans la transition !) Les sous-grades ont une très grande importance : 220 000 cartes de "combattants volontaires de la Résistance" ont été délivrées pendant l'Occupation. Ce sont tous désormais des clandestins. On assiste à une mise en place de maquis où les conditions de vie jusqu'en 44 sont très difficiles pour le rationnement. Les résistants sont contraints d'effectuer de véritables rafles chez les épiciers et les fermiers plus ou moins coopératifs... Ils détournent les trains pour récupérer de l'argent et des armes aux mains des ennemis. Les armes sont également parachutées par les alliés de nuit. Ces hommes qui avant 1940 n'étaient pas des héros mais des gens comme vous et moi, vivent dans la peur permanente des trahisons et des infiltrations. Il faut faire preuve de courage, de sang-froid et de fermeté car ils peuvent faire face à tout moment à n'importe quelle situation sans y avoir été préparé auparavant, comme l'exécution d'agents doubles ou d'espions par exemple. Pour leur sécurité ils prennent de nombreuses mesures, comme prendre des noms de femme entre autre. S'ils sont découverts, ils sont massacrés par les Allemands sans autre forme de procès, des camps entiers peuvent être exterminés et les corps sont alors enterrés sommairement dans des fosses communes. Les difficultés sont bien sûr accentuées l'hiver avec le froid qui rend difficile leur vie dans les camps de fortune. De plus les vies amoureuses et familiales des résistants sont devenues plus que dangereuses à cause des éventuelles représailles.
Pour les Juifs à présent, c'est la déportation à chaque coin de rue. Ils vivent en effet un véritable calvaire, ils sont devenus des boucs-émissaires. Il y a environ 300 000 Juifs en France et dès 1940 ils ne sont plus des citoyens à part entière. Ils subissent l'exclusion des lieux publics et le port de l'étoile jaune des 1942 ainsi que de nombreuses autres mesures vexatoires. Mais certains Français non-juifs montrent leur sympathie pour ces Juifs, français comme eux, et leur révolte face au système allemand en cousant eux aussi l'étoile jaune en signe de réprobation. Pourtant c'est l'indifférence qui la plupart du temps l'emporte et on laisse les Juifs à leur sort. Dès 1940 des ghettos sont mis en place. Pour y échapper, il fait vivre dans la clandestinité et partir en se créant de faux-papiers, chose qui n'est pas aisée ! Ils sont confrontés à un danger permanent comme la dénonciation des Français qui collaborent, parfois par simple jalousie mesquine de voir un Juif, considéré comme inférieur, d'avoir mieux réussi dans la vie. A cet antisémitisme ambient s'ajoute un antisémitisme d'Etat qui prend sa forme la plus violente avec les rafles, comme la tristement célèbre du Vélodrome d'Hiver, le "Vél d'Hiv". Ces rafles de plus en plus fréquentes les conduisent invariablement vers les camps de concentration où ils subissent les horreurs que tout le monde connaît désormais... Ils y sont rejoints par d'autres minorités persécutées comme Les Tziganes, les homosexuels... qui subissent les mêmes préjudices.
La vie de tous les jours sous l'Occupation allemande est donc un combat permanent que les Français mènent bon gré, mal gré : "Il faut bien s'y faire". Les années 40-44 ont bien mérité leur nom d'années noires par les nombreuses difficultés qu'elles créent : manger, se chauffer, s'habiller et échapper à la mort tout simplement. La débrouillardise est devenue le maître-mot de cette époque. Débrouillardise mais aussi prudence, prévoyance, discrétion... tant de qualités dont il a fallu faire preuve face à l'atomisation du quotidien.

*°Tzatzara°*
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