Les femmes dans l’art occidental
Si on peut parler d’une thématique universelle, la femme en est l’exemple même. Qu’on les retrouve dans l’iconographie, tenant le pinceau ou le burin ou alors mécènes des plus grands artistes, les femmes sont omniprésentes dans le monde de l’art. Loin de vouloir développer chaque cas, arrêtons nous pourtant un instant sur certains d’entre eux afin de mieux cerner ce vaste sujet qu’est la femme dans l’art.
Les divinités féminines sont des sujets souvent appréciés des artistes car ils leur permettent de glorifier des femmes, de les élever au rang de grâces ou de montrer des corps légèrement vêtus. Parmi elles, l’image de Vénus est récurrente dans l’iconographie féminine. Déesse de la beauté et de l’amour, elle est l’un des personnages les plus aimés des artistes de toutes les époques. Selon les œuvres, on la voit seule ou parmi d’autres figures, mais les scènes où on la rencontre sont presque toujours relatives à la séduction, au plaisir et à la jeunesse. On la retrouve également en tant que mère ou symbolisant les rapports amoureux. Sa naissance, son triomphe ou son repos sont alors les thèmes les plus communs liés à la divinité. Mais quels qu’ils soient, ils ont un point commun : montrer la sensualité de la femme et la beauté du corps.
Titien, par exemple, montre la déesse nue, mollement couchée sur un lit. Vénus est enlevée de son cadre historique et placée dans une maison, telle n’importe quelle autre femme. Le sujet mythologique n’est alors qu’un prétexte à la représentation charnelle et érotique d’un corps nu.

Le Titien, La Vénus d’Urbino, 1538, huile sur toile, Musée des Offices, Florence.Image plus pieuse, la Vierge Marie est l’autre iconographie qui se retrouve fréquemment dans l’art. Les représentations religieuses sont très courantes dès le Moyen Age, les dames de la famille se faisant peindre à côté de leur saintes patronnes. La Vierge Marie reste le sujet le plus figuré car elle est modèle parfait pour les femmes, incarnant toutes les vertus de la mère ou de l’épouse parfaite. On la retrouve ainsi vertueuse et prude dans l’Annonciation, digne et aimante dans la Nativité, douce et blessée dans la Déposition de Croix, triomphante et radieuse dans Le Couronnement de la Vierge.
C’est en Pietà que Michel-Ange décide de donner vie à la Sainte. Sculpté dans un seul bloc de marbre, ce chef-d’œuvre est empli de grâce et d’humilité. La douleur maternelle que peut éprouver Marie en tenant le corps mort de son fils se ressent dans son visage fermé et les plis tumultueux de sa robe.

Michel-Ange, Pietà, 1499, Marbre, 174 X 195 cm, Basilique Saint-Pierre, Vatican.Il ne faut pas croire que seules les saintes ou les déesses étaient représentées. Des femmes aux mœurs plus légères ont fait peu à peu leur apparition dans les toiles. Le XIXe siècle et sa libération des règles a vu bon nombre de prostituées occuper le premier rôle d’œuvres diverses. Les artistes vont suivre la nouvelle règle de l’art moderne qui est l’absence de référence en dehors du visible : il faut faire ce qu’on voit. C’est ainsi que Nana, la Goulue et d’autres prostituées deviennent les nouveaux modèles de l’époque.
Toulouse-Lautrec restitue toute la tristesse cachée derrière les costumes des danseuses de cancan et les décorations des maisons closes. Hommage a une femme qu’il a aimée, tout chez
La Goulue évoque le sensualisme, la douceur et la promesse d’une intimité future.

Henri de Toulouse-Lautrec, Moulin Rouge-La Goulue, 1892, lithographie, 191 x 117 cm, Collection privée. Les représentations célèbres dont le sujet est une ou plusieurs femmes sont assez nombreuses, chaque siècle ayant connu de telles œuvres. On pourrait parler du fameux portrait de Marilyn Monroe par Warhol, des tableaux de Klimt, des nombreux portraits de la Renaissance, des danseuses de Degas, de la célébrissime Joconde, etc… Bref, la liste est longue et ne peut malheureusement pas être détaillée ici. Nous allons tout de même nous attarder sur trois œuvres phares qui, chacune à leur manière, ont bouleversé le monde de l’art, ou du moins l’ont fait réfléchir.
La tapisserie de
La Dame à la Licorne est un célèbre ensemble de six tentures tissées en Flandres au XVe siècle. Elle représente une femme (sûrement l’épouse du commanditaire) se livrant à des occupations symbolisant les cinq sens. La sixième intitulée « A mon seul désir », plus mystérieuse, montre la Dame remettant dans son coffre le collier qu’elle portait dans les cinq tapisseries précédentes. Cela signifierait le refus de la tentation et le renoncement aux plaisirs de ce monde, figurés par les sens.
Malgré son âge, cette tenture reste très secrète ; de nombreux chercheurs se sont penchés sur son cas et des incertitudes demeurent. Ainsi, on ne connaît pas réellement le commanditaire de cette œuvre (peut-être un riche bourgeois lyonnais) ni même le lieu et l’année de tissage.
Cette tapisserie reste tout de même très célèbre car elle est l’une des premières dite à milles fleurs. Ce genre, opposé à la tapisserie d’histoire, se compose de petites touffes de fleurs ou des feuillages disposés régulièrement sur un fond uni et plat. De plus, son sujet très philosophique est assez unique dans l’art de la tapisserie de cette époque. Ajoutés à la présence d’une licorne dans chaque pans, ces éléments lui confèrent un caractère insaisissable qui a fait couler beaucoup d’encre (enfin, moins que la Joconde, bien sûr).

Anonyme, La Vue, XVe siècle, tapisserie en soie et laine, environ 350 x 350 cm, Thermes de Cluny, Paris.Les Demoiselles d’Avignon est une toile célèbre peinte par Pablo Picasso en 1907. Ce n’est pas tant le sujet qui est particulier mais la manière dont l’artiste a formé le motif. Tel un collage, ces cinq femmes sont posées dans le tableau, sans espace réellement défini ou sans rapport entre les personnages. Les perspectives sont multiples, la profondeur absente et la lumière n’est pas uniforme. Les modèles sont simplifiés et les couleurs peu nuancées, posées par aplats. Bref, il ne s’agit pas d’une copie parfaite de femmes mais d’une vision révolutionnaire dans l’art. Par cette toile, Picasso a en effet voulu présenter différentes vues des corps sur un même plan : c’est l’éclatement des volumes en différentes facettes. La ligne courbe et le dynamisme sont alors abolis, la forme est annihilée et mise à plat.
C’est alors, avec la collaboration d’autres artistes tels que Braque, que naît le mouvement cubiste, très important pour l’art moderne.

Pablo Picasso, Les Demoiselles d’Avignon, 1907, huile sur toile, 244 x 234 cm, Musée d’Art Moderne de New York.En 1966, avec d’autres artistes, Niki de Saint-Phalle réalisa une énorme sculpture, appelée
Hon. Il s’agit d’une femme géante couchée sur le dos, le public étant invité à pénétrer à l’intérieur par le sexe pour y découvrir diverses pièces comprenant un espace documentaire, une vidéothèque, etc. « C’est la plus grande putain du monde» disait l'artiste. De cette œuvre naît une série de sculpture dite
Nanas. Il s’agit de femmes plantureuses et colorées créées en grillage, papier mâché et polyester. Ces réalisations prônent la sensualité et la gaîté par des formes généreuses et des couleurs vives. Elles marquent l’engagement de l’artiste dans son combat pour imposer une image différente de la femme face à une société construite sur des valeurs masculines.
Devenues tellement populaires, ces effigies bariolées se sont vulgarisées à tel point que des copies gonflables se trouvent facilement dans le commerce.

Niki de Saint-Phalle, Hon, 1966, 28 x 9 x 6 m, Moderna Museet de Stockholm. Il n’y a pas que sur les œuvres ou derrière les chevalets que les femmes se sont rendues célèbres dans le domaine de l’art. Certaines telles que des reines, des maîtresses ou des filles de grandes familles ont, par leurs nombreuses commandes, participé au développement de l’art.
Madame de Pompadour fait partie de ces fameux mécènes. Maîtresse du roi Louis XV à partir de 1745 et femme de goût, elle régna sur le monde de l’art français jusqu’à sa mort. Elle tient salon, favorise l’Encyclopédie, donne de l’éclat à la cour par de nombreuses commandes que ce soit en sculpture, en peinture, en architecture, en mobilier, etc. Elle se fait également souvent portraiturer par des artistes tels que Nattier, Boucher, Falconet. L’art rococo se développe alors grâce à son étroit parrainage.
Oeben lui réalisa, entre autre, une table-bureau, très astucieuse car elle était dotée de plusieurs compartiments et rangements et prenait peu de place une fois repliée. De plus, ce petit meuble est la grâce et le charme même. Une marqueterie raffinée ainsi que des formes galbées et fines permettent d’apprécier le talent de l’ébéniste.

Jean François Oeben, Table-bureau, 1755-1758, 69,8 x 81,9 x 46,7 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.Autre femme, autre époque, Peggy Guggenheim fut également étroitement mêlée à la création artistique de son temps. Amateur d’art, collectionneuse, mécène et marchande, cette riche américaine constitua au cours du XXe siècle l’une des plus grande collection d’art contemporain. Cette dernière a la particularité de représenter l’ensemble des courants avant-gardistes européens du début du siècle (cubisme, abstraction, surréalisme…) A la veille de la Seconde Guerre Mondiale, elle s’installe à Paris avec comme objectif d'acheter une œuvre par jour. Puis elle retourna à New York et s’attacha aux jeunes artistes américain tels que Motherwell, Rothko ou Pollock. Mais c’est à Venise qu’elle décida de créer la fondation qui regroupera toutes ses acquisitions et les présentera au public à partir de 1951.

Jackson Pollock, Eyes in the Heat, 1946, huile sur toile, 137.2 x 109.2 cm, Collection Peggy Guggenheim, Venise. Ce sujet n’est évidemment pas exhaustif vu le nombre de femmes importantes dans le monde de l’art. Les femmes artistes ont également mené un combat important pour faire reconnaître leurs travaux. Qu’il s’agisse des thèmes iconographiques, des œuvres phares ou des mécènes, il a fallu faire un choix restreint vu l’ampleur du sujet. A vous de développer les aspects qui vous ont interpellés, les personnalités qui vous ont intéressées ou les œuvres qui vous ont touchées.
Ptite-Marie