LE CHOCOLAT Joanne Harris et Lasse Hallström
Au commencement : le chocolat. Magique et chargé d’histoire, il inspire Joanne Harris, romancière. Naît alors le livre « Chocolat » ou se mêlent amour, ivresse et sorcellerie. L’histoire est celle d’une communauté attachée aux traditions religieuses qui va voir sa monotonie bouleversée par le cacao et sa porte parole. Une occasion de parler de tolérance sous d’attrayants aspects de goût et de sensualité. De quoi séduire Lasse Hallström, réalisateur, qui portera le roman à l’écran, non sans d’abord le retoucher. Une adaptation réussie puisqu’elle sera nominée cinq fois aux oscars.

CHOCOLAT par Joanne Harris Habituée à errer de ville en ville comme le faisait sa mère avant elle, Vianne Rocher s’arrête un jour à Lansquenet avec sa fille Anouk. Elles y louent des locaux bientôt transformés en chocolaterie pour le plus grand malheur du père Reynaud, curé du village quelque peu fanatique. Très vite, deux camps se forment, les uns attachés aux ternes coutumes, les autres charmés par l’éclat du cacao. Sans oublier l’arrivée des gitans, très vite rejetés. Raconté à la première personne, le roman de Joanne Harris prend tour à tour la position de Vianne puis de Reynaud. Les personnages aux caractères très marqués possèdent chacun un passé de taille qui les hante et les motive, donnant ainsi plus de profondeur à l’histoire. Les sujets abordés y sont nombreux car au chocolat sont associées la sensualité et la joie mais aussi l’alchimie. Vianne y apparaît comme une sorcière dotée de certains pouvoirs dont ceux d’aider, de comprendre et de voir. Outre la dimension mystérieuse de l’ouvrage, on perçoit l’amour immense qui unit mère et fille, l’intolérance honteuse qui s’empare du village ou encore la notion de liberté propre aux nomades. Pourtant assez sombre, le livre reste un hymne à la vie où le chocolat a bien des vertus. Ainsi on aurait tendance à dire que pimenter sa vie ne suffit pas, il faut la chocolater à grand coup de tuiles aux amandes, de pralines fourrées et de cappuccino !
LE CHOCOLAT par Lasse Hallström Tout juste arrivées à Lansquenet, petit village au cœur de la France, Vianne Rocher et sa fille Anouk ouvrent une chocolaterie la veille du carême. Cela ne plaît guère au comte de Reynaud pour qui les valeurs de l’église sont primordiales. La guerre est alors déclarée, opposant les partisans de l’abstinence à ceux du plaisir. Viendront alors d’autres étrangers par la voie fluviale, parmi lesquels le beau Roux. Brun, doux et enivrant, il sait mettre nos sens en éveil. Sensuel, sauvage et ténébreux, on aimerait s’en délecter tous les jours, le croquer, le savourer et le sentir fondre sous sa langue. Mais arrêtons avec Johnny Depp et revenons-en au film. Moins complexe que le roman, il n’en est pas moins appréciable. Certes c’est de la grande production, l’histoire est devenue une comédie legère, un peu prévisible, toutefois le message reste le même. L’acceptation des autres est encore une fois l'un des sujets principaux avec l’irrésistible chocolat bien entendu. Le tout mêlé intimement et astucieusement dans un conte coloré où la musique nous entraîne. Le charme des acteurs agit, d’autant plus que le casting des personnages féminins est attrayant. On y trouve Juliette Binoche mais surtout Lena Olin (Alias), Judi Dench (Mme Henderson) et Carry-Anne Moss (Matrix). Un film au final très agréable avec romantisme, humour et émotion, de quoi mettre du baume au cœur, tout comme ce happy-end parfaitement mérité ! Décrit comme un symbole d’échange et de bonheur, le cacao a ici le don de libérer et rapprocher les hommes. On pourrait en débattre durant des heures, tout comme je pourrais vous détailler plus encore les œuvres qui en parlent, mais le mieux est encore de goûter. Et il y a bien des façons de déguster le chocolat comme il y en a de l’apprécier. Vous pourrez le tester plutôt noir avec Joanne Harris et faire durer le plaisir plusieurs heures, voire plusieurs jours, ou l’essayer au lait avec Lasse Hallström et le dévorer en cent vingt minute… Quoi qu’il en soit, bon appétit !
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