Auguste Rodin et Camille Claudel, un des couples les plus connus de l’histoire de l’art. Deux êtres humains, deux artistes, deux destins étroitement liés par la sculpture et l’amour. Novembre 1840, naît un garçon qui très tôt se tourne vers la sculpture. Les années passent et, devenu un homme, il rencontre en 1864 celle qui deviendra sa compagne. L’ironie veut qu’en décembre de la même année, à quelques kilomètres de là, s’extirpe du ventre de sa mère sa future amante.
Auguste Rodin Camille Claudel
Homme, femme, maître, élève, un tandem dans le travail comme dans la vie et une influence mutuelle qui marquera leurs existences. Ils se rencontrent en 1883, elle a alors 19 ans et lui 43, une différence d’âge qui n’empêchera pas leur idylle. Fascinés chacun par le travail de l’autre, leur collaboration devient une évidence. Mais rapidement les mauvaises langues fusent, elles accusent Camille de plagier son maître tout comme elles avaient accusé Rodin de mouler ses plâtres sur lui-même. De nos jours, la question de qui a copié l’autre se pose encore, cependant elle n’a pas lieu d’être : certes, Camille a anticipé certaines idées de Rodin, certes, ce dernier s’est approprié quelques-unes des œuvres de sa maîtresse, mais cela est-il si extraordinaire pour un couple travaillant dans le même atelier ? Une telle émulation artistique n’a rien de surprenant : nous avons là deux personnes qui se côtoient jours après jours, s’aiment et travaillent sur les mêmes modèles et à la même époque. Pourtant, si leurs différentes œuvres présentent de grandes similitudes, leurs styles diffèrent. L’austérité de l’un s’oppose à la sensibilité de l’autre comme bien d’autres choses : hardiesse face à finesse et sensualité, souci du détail anatomique contre celui du détail expressif. Les points de vue divergent, les thèmes seront traités autrement : ainsi d’un même modèle naissent deux sculptures distinctes, tel que nous pouvons le constater avec la Galatée et la Jeune fille à la Gerbe.
 Auguste Rodin, Galatée, 1889, marbre, Musée Rodin.
 Camille Claudel, Jeune fille à la Gerbe, 1887, terre, Musée Rodin.
Romance quand tu nous tiens! Et elle a tenu ces deux là pendant près de neuf longues années. Elle, belle et fougueuse et lui, attaché à une autre. Jalousie et Amour se mêlent dans cette union si particulière, basée sur la fascination réciproque et sur une passion sans borne. Chacun se sert de l’autre, Camille utilise à son avantage les relations et les amis influents de Rodin, tandis que ce dernier use du talent de son élève pour ses propres travaux. Entre eux s’installe une relation si forte que chacun semble aspirer l'autre comme dans un baiser trop langoureux. Une période qui inspirera les deux artistes, Rodin réalisera le Baiser où deux corps s’enlacent avec désir et Camille façonnera Sakuntala.
Auguse Rodin, Le Baiser, 1888-1889, marbre, Musée Rodin.
.jpg) Camille Claudel, Sakountala, 1888-1905, marbre, Musée Rodin.
A l’approche de la trentaine, un regard en arrière révèle à Camille qu’elle est comparée à Rodin depuis plus de dix ans. Dès lors, elle décide de prendre ses distances. Une nouvelle autonomie qui sera à l’origine de La Valse, oeuvre majeure de l’artiste, loin de celle de Rodin. Un souci de démarcation qu’elle confiera à son frère : « Tu vois, ce n’est plus du tout Rodin et c’est habillé ». Comme des aimants qui s’attirent et se repoussent, leur couple subira des hauts et des bas. Une instabilité qui prendra fin en 1898, un an après la perte de leur enfant.
 Camille Claudel, La Valse, 1895, bronze, Musée Rodin.
Ils ne s’en remettront pas et chacun de son coté vivra sa souffrance à sa manière. Auguste Rodin se plongera dans le travail et transfèrera son obsession pour Camille dans une quête acharnée du mouvement. Il répondra à de nombreuses commandes, augmentant ainsi sa notoriété et consacrera le reste de son temps à terminer la Porte de l’Enfer oeuvre entreprise en 1880. Camille Claudel quant à elle s’accroche à l’espoir d’être reconnue, en vain. De rage, elle détruit ses œuvres et commence une longue dépression. La mort de son père, ajoutée à sa fausse couche et l’incompréhension des autres, porte le coup fatal à l’artiste. Sa famille la fera alors interner, en 1913.
 Auguste Rodin, La Porte de l'Enfer, 1880-1917, bronze, Musée Rodin.
La froideur et la recherche de l’esthétisme de Rodin ont séduit son époque, au point de le considérer comme le sculpteur du siècle. L’émotion et la notion d’expressivité de Camille n’ont en revanche pas eu le même succès. De nos jours la tendance s’inverse, la société actuelle étant bien plus propice à admirer le destin d’une femme torturée. Camille Claudel est devenu un mythe et son histoire avec Rodin est à présent universellement connue. Ils seront liés à jamais, libre à nous cependant de les détacher et de les apprécier pour ce qu’ils sont... Site du musée rodin - http://www.musee-rodin.fr/accueil.htm
Engy et Ptite Marie
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