Thom Yorke - The Eraser
11 mai 2006, une note laissée par Thom Yorke sur Dead Air Space, le blog du groupe Radiohead intrigue les internautes. Celle-ci, très succinte, indique juste un lien vers le site The Eraser. Musique sombre et mystérieuse, animations aux dessins étranges (Big Ben en train de brûler...), tel est le décor quasi-apocalyptique que les internautes ont pu découvrir sur ce site. La rumeur était lancée : Thom Yorke préparait quelque chose. Et ce dernier mit lui même fin aux spéculations en annonçant que The Eraser était le nom d'un projet qu'il a mené en parallèle de Radiohead. Un album annoncé comme très électro et produit par Nigel Godrich (le "6e membre" de Radiohead, producteur de 4 derniers albums du groupe). Mais Thom précisa presqu'aussitôt que ce projet n'était ni un disque solo, ni un nouvel album de Radiohead. Ne parlons donc pas d'album solo (même si ça y ressemble). A quoi pouvions-nous nous attendre alors? Un nouvel album de Radiohead en version light ? Des "rushes" de studio du groupe, retravaillés par Mr Yorke ? La spontanéité dans laquelle cet album semble avoir été construit (même si les bases de ce travail semblent remontées à quelques temps) ne laissait rien transparaître si ce n'est une volonté d'éviter un chahut médiatique, afin que cet album et le prochain opus de Radiohead ne soient pas confondus. La première écoute se révèle donc intéressante : peu de surprises du fait que cet album sente et respire le Thom Yorke, mais on ne peut s'empêcher de ressentir une impression de complexité, comme si ce disque ne se livrait qu'à petit feu, au fil des écoutes. Sans ambiguïté, la comparaison avec le magnifique "Kid A" du quintet d'Oxford ne tarde pas. On retrouve les mêmes lignes de sons, les harmonies atonales et la quasi-absence de guitares. Malgré tout, on reste ici devant un ensemble un peu plus intimiste, comme si Thom avait préféré ne pas aller trop loin dans ses expérimentations. Tant mieux ou tant pis, certains rêvaient de mélodies torturées, de morceaux tourmentés comme seul Radiohead est capable nous offrir dans des sessions acoustiques déchirantes, ou encore dans le sillon de chansons telles que "How to disappear completely" ou "Pyramid Song". Pourtant "The Eraser" ne laisse aucun doute, sa place se situe plus dans les traces d'une "Idiotheque" et ses convulsions sonores. On retrouve donc le piano que Thom Yorke affectionne tant. Qu'il soit livré tel quel ou retravaillé, on le retrouve sur pratiquement toutes les pistes du disque. C'est même avec lui que l'on démarre l'écoute, lançant un ensemble de rythmiques electro discrètes, le tout recouvert de la magnifique voix de Thom, une mélodie lancinante qui peut nous faire penser à Björk (The Eraser). Toujours présent sur le morceau suivant (Analyse), le piano est encore un peu plus présent, accompagnant à merveille la voix qui reste sublime, rappelant vers la fin des sessions piano-voix dignes de Radiohead, une des pistes les plus abordables de l'ensemble. Les guitares restent donc au placard malgré quelques rares utilisations. Elles restent samplées, filtrées, retravaillées... A l'instar de The Clock et ses entrelacements de sons orientaux, ou encore Black Swan et sa soul mélancolique, le disque vit surtout par ses sonorités analogiques (Skip Divided). La rythmique quant à elle, reste très élaborée. Tantôt elle est construite de battements de baguettes sur And It Rained All Night, tantôt elle peut paraître quasiment absente et se révéler crescendo tout en restant fantomatique dans la magnifique Cymbal Rush. Mais l'instrument le plus efficace de cet album reste la voix de Thom Yorke. Un peu moins tiraillée que dernièrement, c'est avant tout cette voix qui fait que la mayonnaise prend tellement bien. Elle lie toutes les sonorités, se joue des rythmes et apporte un supplément d'émotions. Tantôt en choeur, ou en solo, elle se balade entre les tonalités, éclaire un ensemble pourtant si sombre. Comme une photo en contre jour. Au fil des écoutes, cet album se grave dans notre cerveau, il s'accroche à nos neurones et ne semble pas vouloir les lâcher. Thom Yorke avait prévénu : "Ca s'appelle The Eraser. Nigel l'a produit et arrangé. Je l'ai écrit et joué. Les éléments étaient en préparation depuis des années. Ils avaient besoin d'être finis, et ça fait un bon moment que j'avais cette idée en tête. Ca a été réjouissant et rapide à faire. Inévitablement, c'est plus rythmé et électronique. Mais ce sont de vraies chansons." De vraies chansons pour un album magnifique...Thom Yorke - The Eraser1. The Eraser - 4'53 2. Analyse - 4'05 3. The Clock - 4'14 4. Black Swan - 4'48 5. Skip Divided - 3'33 6. Atoms For Peace - 5'12 7. And It Rained All Night - 4'20 8. Harrowdown Hill - 4'36 9. Cymbal Rush - 5'10 Plus d'infosSite officiel : http://www.theeraser.net Sortie prévue le 10 juillet 2006.
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