Franck Lloyd Wright (1869-1959) est un architecte américain qui, par ses apports techniques et théoriques, a marqué tout le début du XXe siècle.
Issu d’une famille de pasteurs, Wright veut revenir en architecture aux sources bibliques, à la vérité originaire. Il se forme auprès de Louis Sullivan, grand architecte de Chicago, qui se base sur une vision principale où la forme doit suivre la fonction. Avec ces deux apports, Wright en vient rapidement une conception particulière de la maison qui ne doit plus être un espace clos, refermé sur lui-même mais au contraire, elle doit être organique : une continuité entre l’architecture et l’environnement. Il tente alors d'intégrer l'architecture dans le paysage, tout en prenant en compte les contraintes du climat.
Pendant que certains architectes européens recherchent une architecture décharnée qui visent un idéal de transparence et de légèreté, Wright travaille de son côté sur la matière. Il creuse, déchire, agresse le bois, la pierre, la brique, le ciment, le métal et le verre, afin d’en extraire des messages spécifiques, de posséder les secrets de chaque matériau. Il aborde également certains problèmes architecturaux, comme l’éclairage ou la ventilation, d’une nouvelle manière, en variant les hauteurs de plafond, en adoptant des grandes baies et en se servant de nouveaux matériaux tels le béton et l'acier.
Dans ses Maisons de la Prairie, construites entre 1895 et 1910, il cherche à définir un habitat unifamilial, adapté aux conditions de l’homme américain de cette époque. Il entreprend ce qu’il appelle une « destruction de la boîte » avec un jeu de terrasses, de débords des toits qui prolongent la maison vers l’extérieur et brouillent les limites entre l’espace interne et l’espace externe. L’horizontalité dominante de ces maisons est un rappel des lignes de force du paysage plat des grandes plaines, manière pour Wright d’intégrer son architecture à la nature.


Robie House, 1909, Chicago.La
Robie House, située à Chicago, est probablement la plus aboutie de ses
Maisons de la Prairie. Elle se distingue avant tout par ses gros volumes horizontaux et ses toitures largement débordantes. Elle se caractérise également par une organisation simple de l’espace, centrée autour de l’escalier, et une adaptation quasi parfaite au climat de la ville : les fenêtres sont adaptées à un été très chaud et le système de chauffage sophistiqué permet de se protéger d’un hiver rigoureux.
Après un voyage en Europe et au Japon et une influence nouvelle, Wright va se lancer en 1911 dans la réalisation d’un complexe immobilier à Spring Green (Wisconsin), appelé
Taliesin Ier. Il s’agit d’une communauté qui comprend habitation, école, atelier et ferme. Détruite à deux reprises par des incendies, elle est reconstruite (
Taliesin II en 1925 puis
Taliesin III en 1926), agrandie, enrichie, incarnant un système de vie en perpétuelle transformation.

Taliesin III, 1911, Spring Green, WisconsinIl construira une autre
Taliesin dans le désert de l’Arizona, appelée
Taliesin West qui est un campement célébrant la vie communautaire. L’architecture, qui fait correspondre ses diagonales avec les cimes des montagnes, se fond dans le paysage. Elle le domine et se laisse dominer.

Taliesin West, 1938, Paradise Valley, ArizonaDurant la crise économique de 1929, Wright va imaginer un projet de ville idéale,
Broadacre City, installée au milieu d’une prairie dans un enchevêtrement de thèmes urbains et ruraux, de technologies et d’archaïsme.

Broadacre City, 1931-1935, dessinPuis il revient à des réalisations concrètes dans lesquelles l’emploi du béton armé montre un changement : « Il est simple de comprendre les formes nouvelles qu’apporte ce nouveau matériau : des dalles étanches de presque n’importe quelle taille peuvent être portées d’en dessous comme on tient un plateau sur les doigts, le bras tendu : une nouvelle liberté. »
Sa célèbre
Maison sur la cascade (Maison Kaufmann) traduit cette idée nouvelle. Elle se présente comme une série de vastes terrasses projetées dans le vide au-dessus de la rivière et de la forêt, autour d’un noyau de murs épais. Ces terrasses ne sont pas organisées selon les lois d’équilibre et de symétrie ; elles sont projetées dans l’espace dans une volonté d’expression plastique. Le béton armé est alors conçu comme une libération des contraintes de structures qui lui permet de voir la maison comme une suite d’espaces voisins ouverts sur la nature.

Maison Kaufmann, 1936-1939, Bear Run, PennsylvanieVers 1939, Franck Lloyd Wright commence une nouvelle expérimentation : il se sert des possibilités plastiques et poétiques que procurent les plans incurvés ou circulaires.
Le Salomon R. Guggenheim Museum se présente ainsi comme un ensemble spatial obtenu par la fusion de spirales et de cercles. L’attention créatrice liée à la fonction même du musée est concentrée à l’intérieur, dans un grand creux illuminé par en haut et protégé des bruits de la ville par des murs solides.


Salomon R. Guggenheim Museum, 1943-1958, New-YorkCe bâtiment semble telle une route ascendante en spirale, donnant une impression de promenade. Ce qui domine ici, c’est une vision temporelle, une architecture de parcours. Cette architecture ne se soucie pas des contraintes liées à un musée mais elle est une sorte de symbole populaire du plaisir artistique. Il suscite alors l’enthousiasme du public mais les foudres des conservateurs qui, dès la disparition de Wright, en modifièrent l’éclairage qu’il avait conçu en liaison avec celui, toujours mobile, de la ville.
Durant sa carrière très productrice, Franck Lloyd Wright a imaginé plus de 800 projets et seulement une petite moitié ont été réalisés, parfois même après sa mort. Sa vision particulière de l'habitat, en totale adéquation avec la nature attirera non seulement l'attention de ses contemporains mais également celle des architectes d'aujourd'hui. C'est grâce à cette pensée particulière mais surtout à toutes ses recherches sur les matériaux ainsi que sur les volumes que Franck Lloyd Wright sera l'un des artistes les plus importants du XXe siècle.
Ptite-Marie