Définition :
"Père Castor, c'est quoi la stéréo ? - Oh oh ! Et bien pour faire simple, la stéréophonie se définit comme l'ensemble des techniques électroacoustiques de captation, reproduction et diffusion visant à restituer une information auditive de positionnement spatial et de relief sonore." Merci Père Castor mais voilà une phrase bien compliquée pour vous parler d'un système audio visant à reproduire ce qui se passe dans nos chères oreilles d'humanoïdes. Faisons simple : la stéréo définit un enregistrement ou un systéme audio comprenant exactement 2 canaux de diffusion. Ces canaux (gauche et droite) doivent être en rapport l'un avec l'autre. En effet, si vous vous amusez à diffuser une chanson de Britney Spears sur un canal et le dernier tube de Lara Fabian sur l'autre, vous ne ferez pas appel à la stéréophonie, mais à la biphonie. Il faut bien retenir que la stéréo doit créer un espace sonore cohérent entre les deux enceintes (non non, Britney et Lara ne sont pas cohérentes entre elles désolé...).
Historique :
La première diffusion stéréophonique semble remonter à 1884, donc juste après l'invention du téléphone. C'est l'époque du Théâtrophone : deux microphones placés dans l'Opéra Garnier, à Paris, permettaient à des auditeurs de recevoir une réception de bonne qualité depuis un bâtiment voisin grâce à un combiné téléphonique muni de deux écouteurs. Il disparaît aux environs de 1932, supplanté par la radio. Le film Fantasia sorti en 1940 des studios de Walt Disney, a été tourné en stéréophonie, baptisée pour l'occasion Fantasound. Cependant, les difficultés d'exploitation (la tête de lecture de la piste sonore devant être changée, et tous les équipements de restitution doublés) conduisirent Disney à en distribuer une version mono qui devint celle de référence. En 1949, les premiers disques vinyle microsillon sont commercialisés. Ils serviront de base à l'envol de la stéréo. De 1950 à 1955, tout le monde s'y intéresse, les premiers enregistrements stéréo se font en 1954 ("L'enfant et les sortilèges" de Ravel, par l'orchestre de la Suisse Romande, enregistré en stéréophonie par Roy Wallace). Il faudra attendre 1957 pour qu'un petit éditeur, Audio-Fidelity, commercialise le premier disque stéréo alors qu'il n'existe encore aucune cellule pour le lire. Cela va forcer la main aux constructeurs et tous les éditeurs vont se lancer dans l'aventure stéréophonique. Nous sommes en 1958, et l'apogée du disque vinyle jusqu'en 1968 va définitivement ancrer la stéréo dans le paysage musical.
Evolution :
I). Au début des années 60, la stéréophonie est une technologie encore expérimentale (tout comme la cocotte munite d'ailleurs). A l'époque, l'enregistrement audio fait appel à des outils très peu perfectionnés. La plupart des prise de son se faisaient grâce à un enregistreur à 2 pistes, et le 4 pistes était le nec plus ultra. Ainsi, les premiers disques stéréo témoignent d’un espace sonore caractéristique.
Extrait sonore : The Beatles – Drive My Car (1965, Album : Rubber Soul, Prod : George Martin) [lien Radioblogclub]
Ce qui est frappant concernant l'espace sonore de cet extrait, c'est le véritable découpage des canaux. On retrouve la batterie et la guitare rythmique à gauche, tandis que sur le canal droit se trouve le piano, la cloche, une deuxième guitare et les voix. Les chœurs se baladent sur les deux canaux mais dans l'ensemble, cela reste extrêmement découpé. On ne peut pas vraiment parler d'un véritable espace sonore tant les instruments sont espacés. En fait, à cette époque il s'agissait d'enregistrements monophoniques qui étaient ensuite replacés avec les panoramiques soit à gauche, soit à droite, soit au milieu et parfois même au hasard (les petits malins !). Une autre technique appelée « fake stereo » consistait à effectuer un enregistrement mono et pendant le mixage, à reproduire un canal sur l’autre en y ajoutant un délai de 10 à 40 ms. Le résultat au niveau sonore était assez médiocre. Par conséquent, même si les éléments musicaux se trouvent maintenant à gauche et à droite, le cerveau n'a pas encore assez d'informations pour recréer un espace sonore cohérent. Vous pouvez amuser à débrancher une de vos 2 enceintes, et vous vous rendrez compte à quel point chaque instrument n'est diffusé que sur un seul canal.
II). A la fin des années 60 et au début des années 70, la stéréo est enfin exploitée à sa juste valeur par des génies artistiques comme Jimi Hendrix ou Jimmy Page pour ne citer qu'eux. Cette époque fut une des plus intéressantes tant au niveau artistique qu’au niveau technique. La découverte de la stéréo et de ses perspectives encourageait les musiciens les plus doués à « bidouiller » et innover sens cesse. Le plus intéressant reste l’approche autodidacte de ces personnes qui ne connaissaient pratiquement rien à l’acoustique, la perception sonore, etc. En l’absence des processeurs informatiques actuels, les effets sonores se faisaient directement sur des magnétophones à bande trafiqués (on accélérait ou ralentissait la bande directement avec les doigts). La réverbération était captée naturellement lors de la prise de son grâce à la disposition des micros et à l’installation différents panneaux réfléchissants.
Extrait sonore : Led Zeppelin – Whole Lotta Love (1969, Album : Led Zeppelin II, Prod : Jimmy Page, Label : Atlantic Records) [lien Radioblogclub]
Dans cet extrait, on peut nettement s’apercevoir de la richesse sonore de la batterie. La stéréo n’est pas plus là pour séparer deux instruments sans créer d’espace sonore, mais elle fait vivre le son de façon naturelle. Pourtant, la plupart du temps la batterie n’a été enregistré qu’avec 3 ou 4 micros sans ajouts artificiels. Ajoutons à cela les fantaisies de Jimmy Page qui, avec ses effets « bidouillés » sur la guitare et ses échos (inversés ou non), finit de construire un véritable espace sonore naturel et artificiel à la fois.
III). Un des inconvénients du vinyle reste son mode de gravure qui n’autorise pas les signaux hors phase, voir même en quadrature de phase. Par conséquent, l’espace sonore s’en trouvait très restreint du fait que les différences de phase ne pouvaient pas être restituées, d’où un son très peu profond. Au début des années 80, le Compact Disc fait son apparition. L’époque de l’analogique laisse sa place à l’ère du numérique et ainsi, les contraintes liées au format vinyle ne sont plus à prendre en compte. L’espace sonore peut ainsi être travaillé plus en profondeur.
Extrait sonore : Michael Jackson – Thriller (1982, Album : Thriller, Prod : Quincy Jones) [lien Radioblogclub]
Dans ce titre, les sons du début permettent d’installer une ambiance de film d’épouvante, tant au niveau de la nature des sons (hurlement de loup à droite, grincement de porte, bruit de pas allant de droite à gauche), qu’au niveau du large espace sonore diffusé. On retrouve sur le canal gauche des cuivres, le charleston et la guitare, tandis que le canal droit regroupe la cloche et le synthétiseur ; la voix, la batterie et la basse se situent au centre. Avec le CD, l’espace sonore devient donc plus profond. Par ailleurs, l’apparition de la stéréo élargie (ou « wide stereo ») due à un traitement sur la phase des deux signaux permet de créer une image sonore encore plus large. L’utilisation de la stéréo prend alors une nouvelle dimension.
IV). Les années 90 voient se développer l’informatique audio, et l’abandon de l’analogique. L’informatique agrandit grandement les possibilités de mixage et la facilité d’utilisation de la stéréophonie, auparavant elle était surtout captée à la prise de son. La technologie propre à la stéréo ne va plus vraiment évoluer, ce sont surtout ses différentes utilisations par les artistes qui vont varier.
Extrait sonore : Radiohead – Paranoid Android (1997, Album : Ok Computer, Prod : Nigel Godrich) [lien Radioblogclub]
Titre de 1997, ce titre de Radiohead résume à lui seul ce qu'on peut faire d'une image stéréo. A l'écoute, on ne ressent aucun déséquilibre et pourtant, l'espace sonore est extrèmement riche. Le morceau se découpe lui même en 4 parties, chaque partie comportant son propre espace sonore. Au début, on retrouve une guitare électrique à gauche, une guitare acoustique au milieu, et une deuxième guitare électrique à droite, la batterie et la basse se placent au centre tandis que des percussions dialoguent à gauche et à droite de l'espace. La deuxième partie reste relativement identique si ce n'est l'apport de distorsion sur les guitares électriques. La troisième partie est plus intéressante, des voix remplacent les guitares électriques, la basse a disparu, un orgue a fait son apparition à droite. Les différentes piste de la voix de Thom Yorke semblent se balader dans l'image stéréo, et l'apport de la réverbération sur les choeurs permet d'agrandir encore un peu plus l'espace sonore. La quatrième partie est similaire à la deuxième avec des ajouts de sons bidouillés et de nouveaux effets sur les guitares. Au final, on a ici un des titres les plus complets de la scène rock des années 90.
V). De nos jours, le développement de l’informatique musical et des homes studios a permis l’utilisation de la stéréo par un public d’« amateur ». Ainsi les créations MAO (Musique Assistée par Ordinateur) se démocratisent.
Extrait Sonore : Emilie Simon – Sweet Blossom (2006, Album : Végétal, Barclay)[lien Radioblogclub]
Dans cet extrait, on retrouve deux pistes de violoncelle distinctes sur les deux canaux. Au centre, on retrouve la voix, une harpe et une boîte à rythmes. Pendant le refrain, des chœurs se baladent de gauche à droite dans l’espace sonore, un peu plus en hauteur apportant un nouveau mouvement au titre. Il faut noter qu’Emilie Simon a essentiellement mixé elle-même son album, preuve que la création d’un album et de son espace sonore s’est démocratisé.
Voilà un rapide tour d'horizon de la stéréo, je ne me suis pas aventuré dans les méandres de chaque période puique chacune d'entre elles mériterait son propre article, des années 60 avec leurs lots d'innovations et expérimentations en tout genre, à aujourd'hui avec la maturité et le talent de certains artistes. Toutefois, à l'heure actuelle, la stéréo est une technologie qui n'a plus beaucoup d'originalité et il paraît plus intéressant de se pencher sur les travaux accomplis des années 60 à 80 que ceux effectués plus récemment. Néanmoins, l'apparition des nouveaux systèmes multi-canal grand public promet de nouvelles expériences artistiques. Pouet pouet !
Annexe :
Je remets ici les différents titres à écouter en version mono et en version stéréo pour que vous puissiez bien vous rendre compte de l'apport de la stéréo.
The Beatles – Drive My Car : Version Mono / Version Stéréo Led Zeppelin – Whole Lotta Love : Version Mono / Version Stéréo Radiohead – Paranoid Android : Version Mono / Version Stéréo Emilie Simon – Sweet Blossom : Version Mono / Version Stéréo
|
|