Bien que plus connu comme sculpteur, il est aussi un très grand peintre, dessinateur, architecte et même auteur de théâtre. Son influence a été considérable dans l'Europe des XVIIe et XVIIIe siècles, et plus particulièrement en France et en Allemagne.
Fils d’un sculpteur, il hérite de la tradition maniériste développée par Michel-Ange. Cela consiste entre autres en la modification des canons de beauté classiques (allongement des figures). Cela influe également sur la contorsion des corps, LE BERNIN les tournant selon une spirale : la figurina serpentina.
Son habileté pour restituer les textures de la peau ou des vêtements ainsi que pour susciter l'émotion est sans pareille. Il est l'un des premiers à utiliser les effets de lumière pour mettre en valeur une sculpture. Il conçoit ses œuvres comme des tableaux, et plus encore comme des mises en scène théâtrales. Il joue avec dextérité du contraste entre les chairs nues, polies, et les larges drapés qu’il anime dramatiquement pour susciter l’émotion.
Il revient également à une étude directe de la nature, cherchant à saisir dans le miroir ou par de rapides esquisses la vérité de l’expression et du mouvement, s’intéressant aux expressions changeantes des visages sous l’effet de la souffrance.
La virtuosité de ses réalisations (première sculpture à 11 ans !) lui permet de travailler au service des Papes. Cette reconnaissance officielle lui accorde une grande renommée, obtenant ainsi de nombreuses commandes. Il réalise, outre de nombreux portraits, l’autel de Saint-Pierre de Rome (1625), la fontaine des Quatre Fleuves de la place Navone à Rome (1649) ou encore les sculptures du pont Saint-Ange à Rome (1666 à 1669).
Dans L’enlèvement de Proserpine [illustration 1], LE BERNIN montre tout son talent dans la représentation des corps. Un certain plaisir charnel est traduit par le détail des mains de Pluton tenant fermement Proserpine.
Illustration 1 :
L’enlèvement de Proserpine
1621, Galerie Borghèse, Rome.
Son chef-d'œuvre est
L’extase de Sainte Thérèse [illustration 2], dans laquelle le soleil rayonne, venant d'une source invisible, illumine la sainte en extase et l'ange souriant qui est sur le point de lui transpercer le cœur avec une flèche d'or. Cette chapelle dédiée à la Sainte est décorée selon la technique du
bel composto, c’est à dire une composition rassemblant la peinture, l’architecture et la sculpture afin de créer un espace théâtral. Cela a également pour but d’émouvoir le spectateur, ici par le mélange entre la sensualité et la religion.
Illustration 2 :
L’extase de Sainte Thérèse
1645-52, Eglise Santa Maria della Vittoria, Rome.
En 1665, LE BERNIN est convoqué en France par Richelieu pour travailler sur la nouvelle façade du Louvre. Son projet a été refusé, mais il sculpta un
Portrait de Louis XIV en buste [illustration 3]. L’influence baroque se ressent dans la fougue et le dynamisme d’un drapé volant. Ce détail complètement irréaliste n’a pas plus au Roi Soleil et LE BERNIN retournera en France assez vexé.
Illustration 3 :
Portrait de Louis XIV
1665, Versailles.
Un autre exemple de son caractère assez fort se retrouve dans le
Portrait de Costanza Buonarelli [illustration 4] montrée douce et sensuelle par son amant. Mais il la surprend un jour au lit avec son propre frère et la représentera peu après en
Méduse [illustration 5]. Cette anecdote rigolote nous permet d’apprécier son talent de sculpteur mais aussi toute l’ironie qu’il met dans ses œuvres.
Illustration 4 :
(ci-dessous, à gauche)
Portrait de Costanza Buonarelli
1635, musée du Bargello, Florence.

Illustration 5 :
(ci-dessus, à droite)
Méduse
1638.
LE BERNIN est ainsi l’un des maîtres de l’art baroque. Son talent dans la représentation des corps ou du mouvement le place parmi les plus grands. Il a été une véritable influence pour les sculpteurs des siècles suivants, mais il est malheureusement mal connu du grand public actuel.
C’est pourquoi le placer innocemment au milieu d’une discussion sera du plus grand effet…