A la Renaissance de la perspective
Nos yeux de lynx nous permettent de voir à plusieurs mètres (enfin ça dépend des yeux) mais comment représenter cela en deux dimensions ? Telle est la question que se sont posés tous les artistes, les amenant à travailler sur cette conception géométrique de l’espace : la perspective. De tout temps, des théoriciens se sont penchés sur ces problèmes de représentation de l’espace. Dès l’Antiquité, des textes ont été rédigés sur ce thème, mais ce n’est qu’à partir de la Renaissance italienne que ces idées prennent forme.
A Florence, capitale artistique de l’Europe au XVe siècle, tous les artistes recherchent une nouvelle manière de représenter l’espace. Une émulation réciproque donne naissance à de nouveaux traités à caractère scientifique. Ainsi Filippo Brunelleschi puis Leon Battista Alberti se penchent sur le passage d’une image en trois dimensions à une image en deux dimensions. Ils tentent de donner une illusion de profondeur par le biais d'un système de représentation géométrique. Mais leurs travaux restent essentiellement théoriques.
Parallèlement d’autres artistes ne se sont pas contentés de l’aspect théorique : ils ont systématiquement confronté leurs raisonnements à la pratique. Donatello a été le premier à les appliquer sur un bas-relief de bronze,
Le Festin d’Hérode. Cette œuvre fait date dans la mesure où l’impression de profondeur est rendue par la convergence des lignes vers un unique point de fuite (cf. schéma ci-dessous).

Le Festin d’Hérode, Donatello, relief en bronze, vers 1425.

Schéma indiquant les lignes et point de fuite dans Le Festin d'Hérode
Par la suite Lorenzo Ghiberti influencé par les écrits humanistes, reprend et améliore les travaux de ses aînés pour la « Porte du Paradis ». Ce courant de pensée met en avant les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs. Le jeu des colonnades et la taille décroissante des personnages traduisent parfaitement l’idée de perspective.

Histoire de Jacob et d’Esaü, Lorenzo Ghiberti, relief en bronze, vers 1430-37, Porte du Paradis, Baptistère de Florence.
Piero della Francesca est le premier à codifier systématiquement la perspective en généralisant les principes de proportions et de constructions géométriques. On retrouve l’application de ces concepts dans
La Flagellation : le portique, le sol et la position des personnages créent une composition rigide. La moindre scène biblique est dépeinte dans un environnement anachronique et devient prétexte à représenter un carrelage quadrillé.

La Flagellation du Christ, Piero della Francesca, tempera sur bois, vers 1450-60, Galerie Nationale des Marches, Urbino.
Ces trois artistes figurent parmi les exemples les plus marquants de cette recherche constante de réalisme dans l’espace pictural. Peintres, sculpteurs, architectes ou mathématiciens du XVe siècle réfléchissent sur cette volonté illusionniste de la perspective et sur le besoin de faire coïncider construction et position réelle du spectateur.
Face à cette tendance de géométrisation, d’autres artistes réagissent en prônant des codes de représentations plus naturelles. Ils proposent notamment un élargissement de l’espace pictural par des jeux de miroirs ou d’ouvertures. Ainsi, dans
Portrait d’une femme à sa toilette du Titien, le reflet d’une fenêtre dans un grand miroir ouvre le champ de vision du spectateur. Par cette technique, le peintre suggère un espace non figuré dans le cadre de l’œuvre.

Portrait d’une femme à sa toilette, Le Titien, huile sur toile, vers 1515, Musée du Louvre.
La perspective se révèle une technique essentielle de l’art occidental. Elle s’est développée tout au long de la Renaissance principalement en Italie mais également dans d’autres pays européens. Les règles proposées à cette époque ont ensuite été dépassées, améliorées ou remises en cause au cours des siècles suivants. Certains courants picturaux modernes (impressionnisme, cubisme, abstraction…) font table rase de cet enseignement académique et proposent de nouvelles solutions à la représentation de l’espace. Aussi, lors de votre prochaine visite au musée, ne louchez pas en cherchant systématiquement un point de fuite.
Quelques liens internet pour compléter cet article:
http://perso.wanadoo.fr/nvogel/Dossiers/Galerie.htm
http://www.crdp.ac-grenoble.fr/imel/xenon/nts/laperspective/HISPERSP.html
Ptite Marie & Cuervo