Briller en société avec Jan Van Eyck
La gazette n°9 | 1er Mai 2005 | Lu 4213 fois | 0 Commentaire
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Après une petite pause le mois dernier, on repart sur les chapeaux de roues ! Cette fois-ci, il ne sera question ni d’un courant ou d’une œuvre mais d’un artiste. Et comme on ne se refait pas, je vais vous parler d’un peintre qui a marqué l’histoire de l’art depuis le XVe siècle : Jan Van Eyck. Yan quoi ? me direz-vous (ne mentez pas, je vous ai entendu)… Et bien prenez une minute pour venir découvrir cet homme.
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Attendez, je vous vois venir et me demander pourquoi vous parler d’un homme mort depuis plus de cinq siècles. Tout simplement parce qu’il a contribué à révolutionner l’art de la représentation et même la peinture durant la Renaissance. Il ne s’agit plus cette fois-ci d’évolution spatiale comme avec la perspective, mais plus d’une transformation picturale.

Jan Van Eyck (Maastricht ? vers 1390 – Bruges, 1441) a été l’un des peintres flamands les plus importants de son siècle. Même si de nombreuses incertitudes concernant sa carrière demeurent encore, les historiens de l’art s’accordent tous à dire qu’il s’agit d’un peintre fascinant. En effet, il est considéré comme l’initiateur de la nouvelle peinture flamande, totalement indépendante de la tradition gothique tardive des Pays-Bas. Cette dernière, très irréaliste par un surplus d’élégances et de complications, va se développer dans toute l’Europe de la fin du XIVe et du début du XVe siècle. En réaction à ce style grandissant, Van Eyck va proposer une peinture beaucoup plus réaliste.

Se basant sur une observation rigoureuse des choses, le peintre va développer une esthétique qui lui est propre. Les attitudes et les traits de ses personnages sont libérés, insufflant la vie qui manquait jusqu’alors dans les représentations gothiques. Les paysages sont précis, lumineux et rendus dans un style d’un extrême naturalisme. Les scènes d’intérieur sont de véritables petites miniatures où tout l’espace est régi par de savantes compositions. Van Eyck rend l’intimité et la familiarité des intérieurs au moyen de la représentation analytique des objets domestiques.

Ainsi, dans la représentation des Epoux Arnolfini, une multitude de détails minutieux vont permettre au spectateur de comprendre toute la portée du sujet. Dans cet environnement, chaque élément a son importance car il devient un symbole ou un témoignage d’une scène de mariage, très imprégnée de sacré et de sérénité. Par exemple, le chien incarne la fidélité, la seule bougie présente sur le chandelier témoigne de la présence divine ou encore les fruits qui font référence à l’Ancien Testament.


Les époux Arnolfini, 1434, huile sur bois, 82 X 60 cm, National Gallery, Londres.


Dans La Vierge au Chancelier Rollin Van Eyck montre toute sa virtuosité dans la représentation de l’espace. Cette œuvre présente une scène religieuse se déroulant dans un lieu profane ouvert par une loggia sur un paysage très détaillé. La composition est ainsi dotée d’une profondeur infinie et d’une rare luminosité.


La Vierge au Chancelier Rollin, vers 1435, huile sur bois, 66 X 62 cm, Musée du Louvre, Paris.


Outre son style très réaliste qui fait évoluer l’art du XVe siècle, Jan Van Eyck apporte également un élément majeur dans le développement de la peinture. Cet artiste contribua en effet à perfectionner une technique encore peu connue : l’huile. Une légende le fait l’inventeur de ce procédé, mais il ne se contenta que de le parfaire. Il appliqua sur un panneau de bois, de fines couches successives de pigments, incorporés dans un médium d’huile siccative. Ces couches donnant un aspect de transparence à l’œuvre sont appelées glacis appelées glacis. Par cette technique, il améliore la finesse des effets lumineux et du rendu des matières. Son influence va alors gagner l’Europe entière et les artistes vont peu à peu mettre à profit cette nouveauté.

Le Polyptyque de l’Agneau mystique, son chef-d’œuvre, permet de comprendre non seulement la dimension intellectuelle et spirituelle du peintre, mais aussi son talent rare dans la première moitié du XVe siècle. Toute l'œuvre de Van Eyck témoigne d'un art savant et de connaissances approfondies dans des domaines multiples tels que la théologie, la botanique ou encore l’anatomie. Composé de plus de trois cent personnages, cette réalisation fait date dans l’histoire de la peinture par son ampleur.


Hubert et Jan Van Eyck, Polyptyque de l’Agneau mystique, huile sur bois, achevé en 1432, Cathédrale Saint-Bavon à Gand pour la partie centrale et Musée de Berlin pour les volets latéraux.



Polyptyque de l’Agneau mystique, détail.


Ce détail permet de se rendre compte de l’habileté du peintre à représenter les matières : la chair semble palpable, les bijoux brillent de tous leurs éclats et les tissus sont chatoyants.


Rompant avec le style gothique omniprésent au début du XVe siècle, Jan Van Eyck va rapidement s’imposer dans le milieu artistique. Sa perspective rigoureuse, sa minutie dans les détails, sa liberté dans la représentation des poses et sa technique originale vont en faire l’un des peintres les plus importants de la Renaissance flamande et par-là même de l’art en général.