Briller en société : L'art romantique
La gazette n°11 | 1er Juillet 2005 | Lu 7411 fois
Oh Roméo, mon Roméo… Qui a dit que le romantisme se limitait à une tirade de Shakespeare ou à un bouquet de fleurs offert un autre jour que celui de votre anniversaire ? Le romantisme est également un courant artistique du début du XIXe siècle. Prenez quelques minutes pour venir découvrir ou revoir cette période si particulière, à la fois envoûtante et pathétique.
L'art romantique


Le romantisme est un mouvement artistique qui naît en Europe à la fin du XVIIIe siècle et dure jusqu’au milieu du siècle suivant. Issu de la littérature allemande et anglaise, il se développe vite en peinture et en sculpture en réaction au rococo et au classicisme. De nombreux thèmes vont alimenter les imaginations et engendrer une importante production.

Plusieurs facteurs vont modifier la création artistique du XVIIIe siècle pour la faire tendre vers le romantisme :
- La reprise des idées développées à la Révolution Française, telles que la liberté, le nationalisme ou encore l’exaltation de l’ego.
- La redécouverte des antiquités et surtout du gothique (courant artistique du Moyen-Age), en France mais aussi en Grande-Bretagne et en Allemagne.
- L’influence de la littérature « romanesque ». Ces nouveaux romans mêlent des thèmes divers comme le fantastique, le mélodrame, l’évocation d’un passé lointain, la vengeance, l’obsession de la mort, le secret ou encore l’érotisme.
- Le retour à la nature, prôné dès le XVIIIe siècle en France par Rousseau ; l’ouverture sur la nature étant la porte ouverte au rêve et à la sensibilité. Les artistes vont alors vouloir communier avec la nature, surtout dans ce qu’elle a de plus sauvage et de plus mystérieux, comme le montre la toile de Friedrich.


Caspar David Friedrich, L’Abbaye dans la forêt, 1809, huile sur toile, Berlin.


Le romantisme est alors une réaction du sentiment contre la raison, cherchant l'évasion dans le rêve ou le souvenir d’un passé glorieux, libérant l’art du moi. Il exalte le goût du mystère et du fantastique.
L’exotisme, qu’il s’agisse de l’Egypte (très en vogue depuis l’expédition de Bonaparte en 1798) ou de l’Amérique (comme le prouvera le succès de Chateaubriand) est également un thème qui inspire les artistes romantiques.
Chez Delacroix, l’emploi de couleurs violentes ainsi qu’une utilisation particulière de la matière, mi-empâtée mi-fluide, donnent un aspect dramatique à ses œuvres.


Eugène Delacroix, La mort de Sardanapale, 1827, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris.


Le romantisme allemand fut chronologiquement le premier de tous car très enchevêtré à la montée de ce mouvement en littérature et en philosophie. Le principal représentant de ce courant, considéré également comme le plus grand peintre romantique allemand, est Caspar David Friedrich, dont les paysages oscillent entre un subtil sentiment mystique et une impression de mélancolie, de solitude, voire d'aliénation.

En Grande-Bretagne comme en Allemagne, les paysages foisonnant d’émotions ou à dimension métaphysique deviennent le principal mode d'expression de la peinture romantique. L’œuvre de Johann Heinrich Füssli, où l’esthétique du sublime trouve une de ses expressions les plus intenses, est chargée d’une inquiétude frémissante. L’ampleur de la mise en page, le recours quasi exclusif à des couleurs froides, la volonté de simplification et de pathétique dans ses compositions fantastiques le caractérisent.


Johann Heinrich Füssli, Le cauchemar, 1781, huile sur toile, Goethe Museum, Francfort.


Le plus radical de tous les peintres romantiques est William Turner. Le peintre s'intéresse principalement aux effets atmosphériques de la lumière et de la couleur, mêlant nuages, brume, neige et mer en un tourbillon dans lequel tous les éléments se dissolvent.


William Turner, Lumière et couleur, le matin après le déluge, 1843, huile sur toile, Tate Gallery, Londres.


En France, la naissance du romantisme coïncide avec les guerres napoléoniennes (1799-1815). Avec Théodore Géricault, la vision romantique de la guerre, de la mort et de la folie devient la réalité la plus atroce. Le Radeau de la Méduse dépeint de façon extrême la souffrance humaine et la cruauté du destin.


Théodore Géricault, Le Radeau de la Méduse, 1819, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris.


Le sculpteur français le plus important de l’époque est François Rude, qui unit la grande tradition classique à l’inspiration romantique nouvelle, tournée dans La Marseillaise vers l’épopée.


François Rude, La Marseillaise, 1830-36, arc de triomphe de l’Etoile, Paris.


Le peintre espagnol Francisco Goya ne peut se classer dans aucune périodisation ou aucun style de romantisme particulier, faisant de lui un exemple isolé. Il participe à la fois à ce courant « gothique » de la fin du XVIIIe siècle, tout en prônant un monde nouveau. Il anticipe les découvertes de la psychanalyse. Sa liberté toujours croissante quant à la manière (réalisme simplifié et fantastique de ses évocations satiriques ou populaires, prédominance des noirs et des bruns, touches vives posées comme des taches…) lui assure un grand prestige auprès de ses contemporains romantiques.


Francisco Goya, Le Grand Bouc, vers 1799, huile sur toile, Musée Lazaro Galdiano, Madrid.


Petit à petit, le mouvement romantique va tendre vers la mièvrerie puis va disparaître. Un sursaut d’individualisme romantique verra le jour dans les années 1848, mais il sera vite écrasé, laissant la place à la reconnaissance personnelle des artistes. Le néo-classicisme sera alors remis au goût du jour, mais pour une courte période car le réalisme sera à sont apogée dès le milieu du XIXe siècle.

http://gazette.ditaime.com/